La série s'est achevée, après 5 saisons (3x13 EP puis 2x12 EP), au format 52 minutes.
I'm sorry, I'm lost - Nate Fisher
Quand la mort est votre travail, à quoi peut ressembler votre vie?
Voici une des questions que posent la série, quintessence des séries "psychologiques" de
HBO.
En suivant les aventures d'une famille de directeurs de pompes funèbres (et non pas une famille de croque-morts, ceux qui ont compris ça peuvent sortir tout de suite), c'est avant tout de la mort que l'on parle. Mais aussi de la vie, car sans vie, pas de mort.
Mais c'est aussi des morts dont on parle. De leur respect. Des pensées que nous pouvons avoir à propos d'eux.
De ce qu'ils nous manquent, parfois. De ce dont on se souvient.
Et si la série traîne souvent un pathos très lourd à travers la majorité de ses épisodes, celui-ci touche souvent en plein coeur, par la simplicité des thèmes abordés, et de leur banalité la plus absurde. Tout le monde meurt, c'est un fait. Alors, pourquoi ne pas en parler de front?
Le pilote démarre par la mort du patriarche de la famille
Fisher,
Nathaniel, le jour de Thanksgiving (bien que parfois, on puisse lire que ce serait le jour de Noël, il semble vraisemblablement que ce soit bien à Thanksgiving que sa mort survient). Ce sont ses deux fils,
Nate et
David, qui sont donc chargés de la succession de l'entreprise,
Fisher & Sons. Ils ne sont pas seuls dans la famille, puisque restent aussi leur mère,
Ruth, ainsi que leur soeur,
Claire. Enfin, pour les aider dans leur travail, ils peuvent aussi compter sur leur thanatopracteur de génie,
Federico Diaz (
Rico pour les intimes).
A partir de là, les épisodes ont toujours un point commun: un décès à chaque ouverture d'épisode (ce qui fait que si des personnages importants sont à l'image très tôt dans l'épisode, c'est mauvais signe), suivi d'un fondu au blanc sur un écran ressemblant à une pierre tombale, avec nom complet et dates de naissance et de décès. Généralement, ce décès n'a cependant aucun lien direct avec la famille
Fisher, si ce n'est que c'est elle qui va traiter les funérailles, et la reconstitution du corps si besoin est (d'où parfois de scènes assez comiques). Mais, souvent, il apparaît que le décès (ou le décédé directement) ravive un thème ou souvenir particulier chez un des membres de la famille. Celà peut être anodin, mais, majoritairement, ça ne l'est pas.
A partir de maintenant, une analyse saison par saison semble plus commode. En effet, il existe des disparités parfois importantes entre les saisons. Bien entendu, ces analyses sont tout à fait pleines de spoilers en tout genre. A bon entendeur.
La présentation
All your life is leading up to this.
Comme indiqué ci-dessus, c'est donc la mort du père qui ouvre (à 8 minutes près) la série. Mort du père à la fois physique et métaphorique pour l'ensemble de la famille. Je me garderai bien de faire des dissertations à n'en plus finir là dessus, il y a déjà assez de quoi faire. Cependant, la coupure avec lui est loin d'être définitive avec lui, puisque ce sera le premier d'une lignée (trop courte, malheureusement) de morts qui restent aux côtés des
Fisher. En effet, ceux-ci reviennent pour parler aux membres de la famille (et à
Rico le temps d'un épisode ou deux). Ils ne reviennent pas sous forme de poltergeists monstrueux (c'est pas
The X Files non plus), mais sous leur forme physique normale tout ce qu'il y a de plus naturel. C'est pour les décoincer qu'ils reviennent, souvent pour leur faire avouer quelque secret plus ou moins éhontés (
EP 1x12 Private Life, où un homosexuel tabassé à mort pousse
David à annoncer son homosexualité, et son couple avec
Keith, flic black de surcroît - seul poncif de la série selon moi -), ou pour les mettre face à la réalité de la vie qu'ils fuient. Et quand ils ne font que décéder, ce n'est pas forcément sans aborder des thèmes plutôt graves (
EP 1x11 Trip, où un nouveau-né décède d'une mort subite du nourrisson;
EP 1x09 Life's Too Short, où le frère de 9 ans du petit ami de Claire se tue accidentellement avec une arme à feu;
EP 1x07 Brotherhood, où un vétéran décède du syndrome de la guerre du Golfe) ou tout bêtement touchant (
EP 1x06 Room).
Cependant, contrairement aux saisons qui suivront, cette première fournée possède un humour noir qui détonne souvent avec les images à l'écran. On notera un tas de morts plus ou moins drôles qui suivront (
EP 1x03 Foot, où un boulanger se retrouve en tout plein de petits morceaux suite à sa chute dans une malaxeuse géante;
EP 1x08 Crossroads, ou une jeune femme bourrée sort la tête par le toi ouvrant d'une limousine et se prend une feu tricolore en pleine poire;
EP 1x10 New Person, où une femme tue son mari avec une poële sous prétexte qu'il était "assommant",
EP 1x13 Knock, Knock, où comment se faire assommer par une balle de golf), mais aussi un traitement général plus léger que ce qui arrivera ensuite (cf les problèmes financiers avec la société Kroehner).
Ensuite, d'un point de vue plus relationnel, ce sont là les premières relations qui vont se construire, et se déconstruire. D'abord, entre
Nate et sa nouvelle petite amie,
Brenda, celle-ci ayant un frère,
Billy, particulièrement névrosé, ainsi que des parents psychologues pas mal non plus dans leur genre (d'où des situations assez rocambolesques de ce côté). Mais aussi,
David et
Keith, où comment leur couple va être mis à mal très (trop?) régulièrement (encore une fois, malheureusement, ce sont eux qui morflent, et se retrouvent sitcomisés en 2 saisons, malgré des moments parfois chargés en émotions et plutôt touchants). Ce sont aussi les premières aventures délirantes de la vie sexuelle de
Ruth (où comment tromper un mort avec un coiffeur puis un fleuriste russe prénommé
Nikolaï). Mais, ce sont avant tout des aventures intérieures qui vont se dérouler dans les épisodes. Poussant régulièrement les personnages à des introspections, c'est à l'intérieur d'eux-mêmes que des choses vont se développer, plus qu'entre eux (comme le dira par exemple
Nikolaï à propos de
Ruth,
"Elle a tellement peur de déranger qu'elle marche sur la pointe des pieds même dans sa propre maison"). Volonté d'indépendance mais aussi d'attachement à quelqu'un ou quelque chose de fixe, de reconnaissance, et surtout de respect, c'est une compréhension des choses de la vie que l'on voudrait pouvoir vaincre que recherchent avant tout la majorité des personnages.
Se finissant malgré tout sur une note d'espoir, la naissance du deuxième fils de
Rico,
Augusto, la première saison pose les bases de la série, que ce soit d'un point de vue du traitement (bien que l'humour va se perdre au fil des épisodes), des relations, mais aussi de la réalisation (j'y reviendrai plus en détails à la toute fin de l'article).
Cette saison est excellente, mais, pour moi, ce sont les deux suivantes qui emporteront la mise.
Note : 96 %
La confirmation
When death is your business, what is your life ?
Dès cette saison, l'humour noir grinçant, qui faisait en partie l'originalité de la série, va disparaître progressivement au profit d'une gravité plus importante. Quelques morts amusantes continuent cependant de survenir (on notera
Nate va devoir faire face à sa malformation artério-veineuse au cerveau - MAV -, sorte d'épée de Damoclès qui le poursuivra jusqu'à la fin de la série, ainsi qu'à ses problèmes de couple avec
Brenda. Celle-ci va d'ailleurs partir en vrille de plus en plus au fil de la saison, passant de névroses en névroses (
EP 2x05 Invisible Woman, où elle rencontre une prostituée qu'elle continuera de voir jusqu'à la fin de la saison), conséquences de l'impact sur elle de l'internement de
Billy (qui se retrouve, du coup, évincé de toute la première moitié de cette saison). Cela poussera d'ailleurs
Nate à aller voir ailleurs si elle y est (avec toutes les conséquences dramatiques que cela impliquera,
EP 2x04 Driving Mr. Mossback, où il retrouve par hasard à Seattle
Lisa, sa première petite amie). Ensuite,
David et
Keith continuent d'être sitcomisés au possible (comprendre: des scènes incessantes de "je t'aime moi non plus", bien qu'elles commencent à amener leur désir de fonder une famille).
Rico ne gagnera pas grand-chose, si ce n'est nous dérider plus ou moins (surtout avec l'affaire de son cousin
Ramon, parmi les seules scènes comiques de la saison,
EP 2x07 Back To The Garden). Les grands gagnants de cette saison vont en fait être
Claire et
Ruth. La première va faire ses premiers pas vers sa future vocation d'artiste (
EP 2x06 In Place Of Anger) et traverser des épreuves sentimentales plutôt bien troussées (
EP 2x03 The Plan, avec le départ de
Gabe, son petit ami depuis l'
EP 1x01 Pilot). Quant à
Ruth, elle va peu à peu s'ouvrir, pas forcément aux bons endroits (
EP 2x03 The Plan), mais toujours avec excès, ce qui fait toujours sourire. On suivra aussi la suite de ses déboires avec notre russe préféré
Nikolaï.
Les morts sont parfois toujours aussi surprenantes (
EP 2x06 In Place Of Anger, où un homme bourré tombe par-dessus bord d'un bateau et se fait découper par l'hélice; le Père Noël de l'
EP 2x08 It's The Most Wonderful... qui, distrait par des enfants qui le saluaient, se fait renverser par une voiture;
EP 2x09 Someone Else's Eyes, où un homme se fait fracasser le crâne par une boîte de sandwich qui a fait une chute depuis le haut d'un chantier;
EP 2x11 Liar And The Whore, et sa retraitée qui étouffe sa compagne de chambre avec une saucisse). Cependant, plus que jamais dans la série, ce sont des morts simples et tristes qui surviennent généralement (
EP 2x01 In The Game, overdose d'une jeune actrice;
EP 2x02 Out, Out, Brief Candle et son jeune athlète qui décède subitement, renvoyant
Nate à ses propres problèmes de santé;
EP 2x03 The Plan, cancer en phase terminale;
EP 2x04 Driving Mr. Mossback, mort naturelle, assis dans un car pour voyage organisé du 3ème âge;
EP 2x12 I'll Take You, mort naturelle dans un salon de coiffure). Mais, il subsiste malgré tout un certain désabus vis-à-vi de certaines morts, en particulier celle de l'
EP 2x07 Back To The Garden, où un homme meurt en pratiquant la masturbation avec auto-strangulation. Il prend soin de se mettre un morceau de citron dans la bouche pour rester éveillé au cas où sa situation deviendrait critique. Mais, bien qu'il croque le bout de citron, il meurt, pendu sur sa machine de musculation. Comment ensuite expliquer à sa femme, qui lui survit avec un jeune enfant, qu'il ne s'est pas suicidé, qu'il ne les pas abandonné, mais qu'il se masturbait quand même?
L'
EP 2x08 It's The Most Wonderful... est, selon moi, un très bel épisode, puisqu'il se déroule très exactement un an après le décès de
Nathaniel (d'où le problème chronologique énoncé plus haut: il est mort à Thanksgiving, mais un an tout pile nous amène à Noël). Du coup, chaque personnage se souvient par flashback du dernier moment passé à ses côtés.
Enfin, c'est tout le segment sur la MAV de
Nate qui va servir de fil conducteur à la série. Celui-ci souhaitant alors profiter au jour le jour de sa vie, il va cependant se retrouver confronté à ses peur, peur de mourir surtout. Il va trouver quelque temps un peu d'aide à l'aide d'une femme rabbin (
EP 2x07 Back To The Garden, et
EP 2x11 Liar And The Whore). C'est donc sur cet arc que s'achèvera la saison, nous laissant sur
Nate, crâne complètement rasé, qui part en bloc de chirurgie pour se faire opérer. S'enchaîne un fondu au blanc, où l'on voit
Nate courir sur une route déserte quand arrive un bus qui s'arrête à côté de lui. Il y monte. Fin de la saison.
Pour moi, cette saison est la meilleure. Elle conserve les bases de la série (même si elle perd un peu d'humour et qu'elle ne remonte pas trop le niveau avec
David et
Keith), mais ajoute une profondeur aux personnages et une gravité accrue aux situations, et ce toujours avec une très grande justesse. Mais surtout, les morts ont généralement un vrai impact, à la fois sur les personnages et sur le spectateur, ce qui ne sera pas toujours la cas par la suite (surtout dans la saison 4, celle de la déception). Cependant, la saison 3 (celle de l'affranchissement des habitudes du show) sera très surprenante, dès les premières images.
Note : 99 %
La consécration
Life. Death. Guilt. Afterlife. Six Feet Under.
Si l'on pensait (à juste titre) que l'opération de
Nate servirait d'ouverture, cela n'est qu'en partie vrai. En effet, c'est que notre
Nate adoré ne va pas faire long feu... et meurt sur la table d'op au bout de 4 minutes ! Eh oui, vous avez bien lu,
Nate meurt dès le début de la saison. Mais pour mieux revenir. En effet, l'introduction sur la table d'opération est suivie d'une séquence onirique de rêve, faite de discussions avec son père et d'enchaînements de scènes plus ou moins prémonitoires avec le reste des personnages, à l'issue desquelles le fameux écran du décédé de l'épisode (
Nate donc) va voir la date de mort s'effacer pour nous faire revenir à la réalité... 7 mois après l'opération.
Et il s'en est passé des choses en 7 mois.
Car, il y avait quelque chose qu'il fallait déceler dans la saison précédente: c'était bel et bien l'arrivée de
Lisa, qui se retrouve mariée à
Nate, bébé
Maya à la clé. Ainsi, envolés les rêves d'indépendance de ce pauvre
Nate, qui va alterner de manière inhumaine les hauts et les bas dans sa vie de couple. Mais surtout, rien, mais absolument rien ne peut préparer le spectateur à l'arc qui suivra sur
Lisa et qui concernera les épisodes
3x10 à
3x13.
Le mariage de
Nate avec
Lisa signifie donc la rupture (plus ou moins) définitive de ce dernier avec
Brenda, chose qui se fera avec assez de mal (trop, selon moi, car à force, on se sait plus sur pied danser avec
Nate),et donc, forcément, qui s'achèvera sur le retour fracassant dans la vie de
Brendade ce bon vieux cinglé de
Billy, qui finira de s'autodétruire avec elle (on frôlera l'inceste frère-soeur dans l'
EP 3x10 Everyone Leaves, épisode clé pour beaucoup de choses). Ne vous inquiétez pas, elle s'en sort mieux que lui en grâce à son aventure avec son gentil voisin
Joe (seul problème, il est aux sex-addicts anonymes, mais pour une fois, cela ne débouche pas sur des galères impossibles).
Ensuite, c'est au tour de
Rico de voir son ménage chamboulé lui aussi, sa femme
Vanessa devenant dépressive suite au décès de sa mère (
EP 3x07 Timing & Space), et d'aller voir, du coup, ailleurs si elle y est (une habitude, ici, il faut croire).
Enfin, si quelque chose caractérise la saison 3, c'est l'arrivée massive de nouveaux personnages. Tout d'abord, ce sera pour
Ruth. En premier
Bettina, une amie de sa soeur, avec qui elle sympathisera tout au long du reste de la série. Ensuite,
Arthur Martin (si, si, je vous assure), nouvel assistant des
Fisher, tout aussi coincé mais encore plus guindé (
EP 3x05 The Trap. Sauf que
Ruth va venir lui faire de l'oeil discrètement. Enfin arrive en fin de saison (
EP 3x11 Death Works Overtime) l'inconnu
George Sibley, servant anodinement d'épaule de soutien pour
Ruth. Or, il s'avèrera que ce gentil monsieur aux multiples ex-femmes sera dans l'
EP 3x13 I'm Sorry, I'm Lost... le nouveau mari de
Ruth! Eh oui, ça ne chôme pas par ici!
Ensuite, c'est du côté de
Claire qu'il y a du changement. Son entrée en école d'art lui ouvre la porte à de nouvelles connaissances, dont spécialement deux personnes. La première est
Russell, qui deviendra son petit ami au point de la mettre enceinte (d'où un avortement assez traumatisant pour elle, et une très jolie scène dans l'
EP 3x13 I'm Sorry, I'm Lost sur laquelle je reviens un peu plus tard). La deuxième est son prof
Olivier, qui deviendra à la fois l'amant dudit
Russell, mais aussi celui de la mère de
Brenda après la mort de son mari.
En gros, côté relationnel, il y a de quoi faire.
Bien entendu, toutes ces histoires sont directement rattachées aux morts.
Principalement, à celles qui ne préviennent pas. L'exemple de celle de
Lisa qui, bien qu'arrivant qu'à la fin de la saison, et n'étant résolue qu'à l'issue de la saison 4, reste un évènement fort de la saison, mais en fait aussi de la série toute entière. Car, si la femme de
Nate est loin d'avoir le charisme et l'intérêt de
Brenda, elle est celle par qui le changement arrivera chez
Nate. Tour à tour chiante, aimante, mais surtout attendrissante, c'est grâce à elle que
Nate va se remettre en question (pour le meilleur ici, pour le pire dans la saison suivante). Sa vie va devenir celle, routinière, d'un couple banal, passant son temps (malheureusement, ça en devient lourd à force) à se demander s'il a bien fait de se marier avec elle, ou s'il ne ferait pas mieux de retourner batifoler avec
Brenda. Cependant, le traumatisme que sa disparition va créer sera certainement une des "meilleures" choses qui lui arrivera de toute la saison. Magnifiquement triste, le dernier épisode de la saison que l'acceptation de cette perte donnera est, pour moi, un des plus beaux de la série, toutes saisons confondues. Le laissant seul avec sa fille qui lui rappelle tant sa femme,
Nate achève ici sa destinée d'ange perdu au milieu d'une vie qu'il ne maîtrise plus du tout. Ce qu'il finira par accepter dans une des toutes dernières scènes de la saison, où
Lisa et
Nathaniel le forceront à regarder sa culpabilité en face.
Mais, il ne sera pas le seul à traverser des étapes.
En effet, à partir de l'
EP 3x10 Everyone Leaves, les choses s'accélèrent grandement. Et celles qui en feront donc les frais seront
Ruth et
Claire. La première se remarie, signe aussi de l'acceptation de la perte d'un être cher, là où elle n'avait fait jusqu'ici qu'essayer de ne pas penser trop à lui. Son mariage, tout simple, lors du final de la saison est, comme le final de la saison 1 l'était, un espoir seulement passager d'une vie meilleure, passager car la saison 4 se chargera de dérégler tout ça (ce qui constituera un des seuls arcs intéressants de cette quatrième saison d'ailleurs).
Enfin,
Claire amènera lors de cet
EP 3x13 certainement une des plus belles scènes de la saison lorsque, voulant se rendre pour la première fois sur la tombe de son père, celui-ci l'accueille au milieu d'une sorte de mini-fête foraine, où elle retrouvera...
Gabriel, parfaitement heureux, en train de jouer avec son frère
Anthony. La mort de celle-ci n'étant jamais confirmé, peut-être n'est-ce là qu'un délire de l'imagination de
Claire. Rien n'est moins sûr. Mais ces retrouvailles sont parmi les plus émouvantes de la série. Surtout que ces retrouvailles sont suivies d'une apparition de
Lisa, ainsi que ce qu'aurait été le bébé de
Claire si elle n'avait pas avortée. C'est alors que l'on comprend pour la première fois que
Lisa n'est pas seulement disparue.
Commençant à s'affranchir des règles de show (on remarquera d'ailleurs l'apparition dorénavant de chansons différentes lors du générique de fin des épisodes) et possédant le plus beau final de la série (comprenez: émouvant, juste, touchant, triste, vrai), cette saison se hisse à la hauteur de la deuxième, et achève de montrer la supériorité de la série sur la majorité des shows de la catégorie "dramatique". Cependant, une page se tourne ici, au vu de ce qui nous attendra avec la quatrième saison.
Note : 98 %
La déception
Every day above ground is a good one.
Ici, ça va aller vite. Pour deux raisons.
1. J'ai mangé la saison en 4 jours.
2. Elle s'est avérée relativement décevante sur plusieurs points.
Si la disparition prématurée de
Lisa est propice au retour de
Brenda et sa folie habituelle, le problème est que, maintenant, on s'en fout plus ou moins de
Branda. Non seulement le couple
Nate/
Brenda va se retrouver sitcomisé (quasi à la hauteur de celui de
David et
Keith), mais on va en plus se taper un deuil tellement interminable qu'il en devient barbant et presque incroyable. Du côté de
Rico, même combat: à trop faire mumuse, il s'y brûle les ailes et son mariage. Et même son de cloche: on s'en fout plus ou moins.
Les seuls à s'en tirer plus ou moins sont
David, qui a droit à son épisode dédié (le seul possédant un impact à long terme, et à être palpitant, bien que les conséquences vont devenir là encore assez répétitives),
Claire (bien qu'elle n'ait pas de situations réellement intéressantes, on notera l'arrivée de nouveaux personnages et un avortement), ainsi que
Ruth et son
George de mari, seul personnage qui aura un vrai et intéressant développement dans cette saison.
En soit, rien de bien grave jusqu'à présent, me direz-vous. Mais, pourtant, il est clair que l'éloignement des décès vis-à-vis des
Fisher enterre cette saison loin des autres. Les morts n'ayant plus de véritables impacts ou d'intérêt, ce qui faisait jusqu'ici le charme et le sel de la série semble ici avoir quasiment disparu. On retrouve bien entendu des scènes introuvables ailleurs (tout particulièrement l'enterrement à vif de
Lisa par
Nate dans l'
EP 4x01 Falling Into Place), ainsi que certains décès plutôt comiques (
EP 4x02 In Case Of Rapture, et sa fanatique religieuse prenant des poupées gonflables qui s'envolent pour des anges venant la chercher;
EP 4x04 Can I Come Up Now?, et son stalker qui se fait bêtement foudroyé) mais le show semble clairement avoir divagué loin de ses intentions premières pendant cette saison. Cependant, si elle reste tout de même de qualité supérieure à la majorité des productions du moment, elle ne sera, de plus, qu'un "incident" isolé, comme le prouvera la cinquième et dernière saison.
Note : 89 %
Everything. Everyone. Everywhere. Ends.
Le retour aux sources. Le début de la fin. Le meilleur.
Des superlatifs à plus savoir qu'en faire, voilà les seuls mots qui me viennent à propos de cette dernière saison.
Laisser partir les êtres que l'on a vu s'épanouir, qui sont devenus comme des amis, de la famille un peu.
Le présent, le passé, le futur, des gens partent, d'autres reviennent.
Parce que 10 minutes peuvent suffire à faire pleurer des milliers de gens. 10 minutes de la plus belle des séries jamais créées.
La naissance, la vie, la mort.
Six Feet Under.
RIP.
Note : 96 %
Point de vue "technique"
La réalisation :
Pas mal de réalisateurs différents se sont succédés ici. Normal pour une série. Mais, le style est toujours resté le même: sobre, sans fioritures ni cadrages extravagants. Pour une série dramatique, c'est tout de même ce qui marche le mieux. On notera cependant quelques petites choses à retenir: la première, c'est que le créateur-scénariste-producteur-réalisateur de la série n'est autre qu'
Alan Ball, scénariste d'
American Beauty (rien que ça). Ensuite, que l'actrice oscarisée
Kathy Bates a réalisé un certain nombre d'épisodes, ce dès la première saison. Enfin, qu'un des réalisateurs principaux,
Michael Cuesta, est actuellement sur une des meilleures séries du moment:
Dexter, avec...
Micheal C. Hall ! Comme quoi, le monde est petit !
Les acteurs :
Un petit topo là aussi sur les acteurs car, la série étant à contenu "psychologique et dramatique", elle ne peut que reposer énormément sur ses acteurs. La formidable troupe principale en premier. Tout d'abord,
Frances Conroy (
Ruth Fisher), en espèce de vieille femme ne sachant que faire de sa vie sentimentale, batifolant à gauche et à droite car elle a toujours été avec son mari. Ensuite,
Richard Jenkins (
Nathaniel Fisher), figure du père à la fois sage et protecteur, mais surtout absent. Le nouveau mari,
James Cromwell (
George Sibley), avec un passé malheureusement trop chargé (et une paranoïa à venir).
Peter Krause (
Nate Fisher), le fils rebelle à toute forme d'autorité et de destin. Sa femme (temporaire),
Lily Taylor (
Lisa Kimmel), chiante puis attachante, vivante puis morte.
Rachel Griffiths (
Brenda Chenowith), la "peut-être que oui, mais non, enfin maintenant je suis marié etc" petite amie intermittente de
Nate. Son cinglé de frangin,
Jeremy Sisto (
Billy Chenowith).
Michael C. Hall (
David Fisher), le fils refoulé, plus proche de sa mère que de son père, dont il n'aura cessé de vouloir la reconnaissance, et son petit ami
Matthew St. Patrick (
Keith Charles), prêt à tout pour lui, mais pas trop quand même.
Lauren Ambrose (
Claire Fisher), archétype de l'ado artiste dans son monde plein de naïveté et d'illusions. Son futur ex petit ami
Eric Balfour (
Gabriel Dimas), trop perturbé et dealer pour elle, mais pourtant si amoureux. Enfin, l'associé thanatopracteur latino et méga cool (le seul de la série à l'être d'ailleurs)
Freddy Rodriguez (
Federico Diaz).
Toute cette petite troupe est régulièrement complétée par des arrivants de toute sortes, qui restent parfois longtemps. C'est donc ici qu'on a pu suivre les premiers grands moments de
Ben Forster (
Russell Corwin) avec son rôle dans
X Men 3, le nouveau petit ami de
Claire, aussi dérangé que le précédent; ceux de
Rainn Wilson (
Arthur Martin, si si, je vous assure), assistant temporaire des
Fisher jusqu'à ce que
Ruth s'éprenne plus ou moins de lui;
Ed O'Ross (
Nikolaï), le fleuriste russe très bourru, mais tout aussi sympathique; son rival le très simple coiffeur
Ed Begley Jr. (
Hiram Gunderson);
Justin Theroux (
Joe), le voisin sex-addict de
Brenda; la soeur délurée et attendrissante de
Ruth Patricia Clarkson (
Sarah O'Connor); la fille de
George (et l'aventure fatale de
Nate)
Tina Holmes (
Maggie Sibley); le prof barjo et con de
Claire Peter MacDissi (
Olivier Castro-Staal); la nouvelle ancienne amie de
Claire Mena Suvari (
Edie); et enfin, la franche et adorable amie de
Sarah puis de
Ruth Kathy Bates (
Bettina).
Tout ce joli monde se débat et réussit à donner vie à ce qui reste, à mes yeux, l'un des plus beaux et justes essais de la télévision. Un essai sur la vie et la mort, les nôtres et celles des autres.
La musique :
2 BOs sont disponibles, reprenant quelques chansons présentes durant l'ensemble des 5 saisons. La première BO est la seule à reprendre le thème principal de la série composé par
Thomas Newman, et se concentre sur les trois premières saisons. La deuxième (nommée Everything Ends) se concentre sur les saisons 4 et 5. On y trouve un peu de tout sur les deux:
PJ Harvey,
Craig Armstrong,
The Dandy Warhols,
Coldplay,
Phoenix,
Radiohead. Cependant, il faut quand même avouer que la série n'a pas pour vocation d'être une bande son ambulante, et reste assez sobre de ce côté, tout au long des 63 épisodes la composant.
Critiques des spectateurs AllocinéLa série a été diffusée en France en totalité sur
Canal Jimmy, ainsi que sur
France 4. Les deux premières saisons avaient été diffusées sur
Canal +, et les trois premières sur
France 2.
La distribution DVD s'est faite en intégralité chez
Warner, avec plus ou moins de bonheur (en effet, HBO étant une chaîne privée, elle ne possède pas de section de distribution internationale. Ainsi, elle édite chez d'autres sociétés ses séries.
Sex And The City,
OZ et
Deadwood sont par exemple chez
Paramount, qui n'ont pas de droits pour les bonus, donc
Paramount=aucun bonus),
Warner proposant de magnifiques coffrets et reprenant la totalité des bonus US, mais ne sous-titrant absolument jamais les commentaires audio. A noter que les deux premières saisons sont au format vidéo 1.33, tandis que les trois suivantes sont au format 1.78. Enfin, l'audio est toujours en 5.1 pour l'anglais. Par contre, pour les autres langues, c'est la valse. La première saison propose un 5.1 Français, toutes les suivantes le seront en 2.0. Et si ces deux langues (ce qui nous suffit amplement) sont les seules proposées pour la saison 1, les suivantes proposeront toujours une troisième piste: Anglais 2.0 pour la saison 2, Hongrois (!) 2.0 pour les saisons 3 et 4 (qui nous remplace la 2.0 Anglais - quand je dis que c'est nimp -) et Espagnol 2.0 pour la saison 5 (en plus de la 2.0 Anglais qui revient).
Et maintenant, quelques liens utiles :
- le site officiel
HBO- le site de
Six Feet Under France, particulièrement complet (mais pas remis à jour depuis la diffusion de la saison 5 sur Jimmy)
- un
interview de Jill Soloway, scénariste de Six Feet Under
-
une de mes trouvailles préférées: une thèse sur la pertinance sociale et psychologique de Six Feet Under- le tout petit bout de machin de pub de
France 2 (histoire de montrer la popularité de la série en France, c'est vraiment honteux quand on voit les séries actuellement programmées)
- celui de
Canal Jimmy, pas beaucoup mieux.
On applaudira d'ailleurs les deux erreurs: le titre de la chanson (voir en bas de la page) est "A Rush Of Blood To The Head" - c'est juste de Coldplay, c'est pas trop connu, ironie inside - , mais surtout, le format de la série en 52 minutes et non 40. Bien joué Jimmy !
- les excellents dossiers faits par Dvdrama.com pour les sorties DVD de la
saison 2, la
saison 3, la
saison 4, et enfin, la
saison 5.
- un
article américain paru suite à la diffusion de l'
EP 1x05 An Open Book- un
site récapitulatif géant des épisodes de la série (et en plus, ils sont notés)
- un
site français de fan doté par ailleurs d'une très jolie intro
- l'article
Wikipedia