Avis express : Syriana : 85 %

Avis express : Syriana : 85 %
Syriana / Stephen Gaghan, USA - 2005

Qu'arrive-t-il au cinéma américain? En six mois, Munich, Jarhead, Lord Of War, The Constant Gardener, Good Night and Good Luck.. L'envie de dénoncer plein des choses pas belles que cachent les Etats-Unis, ou la volonté de profiter d'une brèche marketing et de faire plein de gros sous?
Peut-être n'en saurons-nous jamais rien, mais force est de constater que la qualité de ces films polémiques est assez impressionnante.

Outre le fait que chacun développe un sujet différent (guerre du Golfe, attentats, géopolitique etc), c'est aussi leur scénario qui fait leur identité, et le choix du traitement.
Or c'est ceci qui perd tristement Syriana par rapport aux autres réalisations.

Etant le seul à avoir choisi le parti pris du film chorale, le réalisateur-scénariste Stephen Gaghan paume complètement le spectateur dans les méandres de son (ses) histoire(s).

Divisé en trois parties (et demi nous dirons), le film recèle, de plus, des morceaux bien plus intéressants que d'autres, avec un net désavantage pour celui de Jeffrey Wright (et son père, quel ennui ces scènes).

Par contre, celle de George Clonney sort du lot (bien entendu), par son fil conducteur bien plus intéressant (l'interprétation ne nécessite, bien entendu, aucun commentaire, tout va bien de ce côté-là, l'engagement de Clooney pour le film est connu de tous -il joue et produit pour 1dollar-), jusqu'à son final assez surprenant, et surtout clairement politiquement incorrect.

Celle de Matt Damon vient derrière, car elle se suit bien, reste assez "immersive" (et a le mérite d'être physiquement raccordé à celle de Clooney, Wright restant à l'écart), et n'épargne pas une petite "tragédie", ajoutant un peu d'épaisseur au personnage.

Très documenté, mais pas assez limpide, Syriana reste donc une bonne réalisation, par la qualité de son matériau de base, celle de son interprétation et celle de son adaptation. Simplement, le film est difficile d'accès.

Note : 85 %

Critiques presses

# Posté le samedi 14 avril 2007 13:37

Modifié le dimanche 15 avril 2007 07:06

Avis express : Collateral : 91 %

Avis express : Collateral : 91 %
Collateral / Michael Mann, USA - 2004

Souvent enfermé dans des projets ambitieux (Heat, The Insider, Ali), Michael Mann sait surprendre de manière agréable en transformant n'importe quel film de commande en quasi chef d'œuvre stylisé.

Si, ici, le scénario reste basique (comme souvent chez Mann), et utilise à tour de bras les poncifs du genre (cf le téléphone qui ne capte plus, puis qui n'a plus de batteries, que de publicité positive pour Motorola), la capacité du réalisateur à donner vie aux personnages et à leur environnement ne peut qu'enthousiasmer.

On peut s'étonner de la prestation de Tom Cruise, ici sobre, distant, glacial et implacable, à mille lieux de son image actuelle (en gros, une célébrité devenant maboul à cause de sa grosse tête). Et si Jamie Foxx livre un personnage tout en doutes et en maladresses, il ne parviendra jamais à éclipser la performance de son collègue.

Mais c'est bien la mise en scène de Mann qui fait excellente figure, comme toujours. Utilisant intégralement la HD, afin de permettre des contrastes et un rendu bien meilleurs qu'en argentique, la donne change singulièrement, et les plans fixes ou en mouvement ne rendent plus du tout comme avant. Un bémol: le rendu particulier peut résolument ne pas plaire à tout le monde. Ca passe ou ça casse.

Ici, chaque élément est au service de l'ensemble du film, à tel point que le tout ne fait plus qu'un: personnages, histoire, environnement, mise en scène. Et certaines parties, plus particulières que d'autres, resteront certainement dans les mémoires, comme la scène de la boîte de nuit donnant lieu à une fusillade et quelques coups au milieu de la foule, la caméra se baladant dans tout ce beau monde.

Mais c'est dans ses petites touches de vie que le film respire: ses balades dans le L.A. nocturne, ses plans aériens des routes, ces visages cadrés à la perfection. Et au final, une fin peut-être trop classique, mais sacrément bien troussée. Rarement un duel contemporain aussi rapide n'aura été aussi intense.

Note : 91 %

Critiques presses

# Posté le samedi 14 avril 2007 13:47

Modifié le samedi 14 avril 2007 18:13

Six Feet Under - 96 %

Six Feet Under - 96 %
Six Feet Under / Alan Ball, USA - 2001

La série s'est achevée, après 5 saisons (3x13 EP puis 2x12 EP), au format 52 minutes.


I'm sorry, I'm lost - Nate Fisher


Quand la mort est votre travail, à quoi peut ressembler votre vie?
Voici une des questions que posent la série, quintessence des séries "psychologiques" de HBO.
En suivant les aventures d'une famille de directeurs de pompes funèbres (et non pas une famille de croque-morts, ceux qui ont compris ça peuvent sortir tout de suite), c'est avant tout de la mort que l'on parle. Mais aussi de la vie, car sans vie, pas de mort.
Mais c'est aussi des morts dont on parle. De leur respect. Des pensées que nous pouvons avoir à propos d'eux.
De ce qu'ils nous manquent, parfois. De ce dont on se souvient.
Et si la série traîne souvent un pathos très lourd à travers la majorité de ses épisodes, celui-ci touche souvent en plein coeur, par la simplicité des thèmes abordés, et de leur banalité la plus absurde. Tout le monde meurt, c'est un fait. Alors, pourquoi ne pas en parler de front?

Le pilote démarre par la mort du patriarche de la famille Fisher, Nathaniel, le jour de Thanksgiving (bien que parfois, on puisse lire que ce serait le jour de Noël, il semble vraisemblablement que ce soit bien à Thanksgiving que sa mort survient). Ce sont ses deux fils, Nate et David, qui sont donc chargés de la succession de l'entreprise, Fisher & Sons. Ils ne sont pas seuls dans la famille, puisque restent aussi leur mère, Ruth, ainsi que leur soeur, Claire. Enfin, pour les aider dans leur travail, ils peuvent aussi compter sur leur thanatopracteur de génie, Federico Diaz (Rico pour les intimes).
A partir de là, les épisodes ont toujours un point commun: un décès à chaque ouverture d'épisode (ce qui fait que si des personnages importants sont à l'image très tôt dans l'épisode, c'est mauvais signe), suivi d'un fondu au blanc sur un écran ressemblant à une pierre tombale, avec nom complet et dates de naissance et de décès. Généralement, ce décès n'a cependant aucun lien direct avec la famille Fisher, si ce n'est que c'est elle qui va traiter les funérailles, et la reconstitution du corps si besoin est (d'où parfois de scènes assez comiques). Mais, souvent, il apparaît que le décès (ou le décédé directement) ravive un thème ou souvenir particulier chez un des membres de la famille. Celà peut être anodin, mais, majoritairement, ça ne l'est pas.

A partir de maintenant, une analyse saison par saison semble plus commode. En effet, il existe des disparités parfois importantes entre les saisons. Bien entendu, ces analyses sont tout à fait pleines de spoilers en tout genre. A bon entendeur.


Saison 1 / 2001

La présentation


All your life is leading up to this.

Comme indiqué ci-dessus, c'est donc la mort du père qui ouvre (à 8 minutes près) la série. Mort du père à la fois physique et métaphorique pour l'ensemble de la famille. Je me garderai bien de faire des dissertations à n'en plus finir là dessus, il y a déjà assez de quoi faire. Cependant, la coupure avec lui est loin d'être définitive avec lui, puisque ce sera le premier d'une lignée (trop courte, malheureusement) de morts qui restent aux côtés des Fisher. En effet, ceux-ci reviennent pour parler aux membres de la famille (et à Rico le temps d'un épisode ou deux). Ils ne reviennent pas sous forme de poltergeists monstrueux (c'est pas The X Files non plus), mais sous leur forme physique normale tout ce qu'il y a de plus naturel. C'est pour les décoincer qu'ils reviennent, souvent pour leur faire avouer quelque secret plus ou moins éhontés (EP 1x12 Private Life, où un homosexuel tabassé à mort pousse David à annoncer son homosexualité, et son couple avec Keith, flic black de surcroît - seul poncif de la série selon moi -), ou pour les mettre face à la réalité de la vie qu'ils fuient. Et quand ils ne font que décéder, ce n'est pas forcément sans aborder des thèmes plutôt graves (EP 1x11 Trip, où un nouveau-né décède d'une mort subite du nourrisson; EP 1x09 Life's Too Short, où le frère de 9 ans du petit ami de Claire se tue accidentellement avec une arme à feu; EP 1x07 Brotherhood, où un vétéran décède du syndrome de la guerre du Golfe) ou tout bêtement touchant (EP 1x06 Room).
Cependant, contrairement aux saisons qui suivront, cette première fournée possède un humour noir qui détonne souvent avec les images à l'écran. On notera un tas de morts plus ou moins drôles qui suivront (EP 1x03 Foot, où un boulanger se retrouve en tout plein de petits morceaux suite à sa chute dans une malaxeuse géante; EP 1x08 Crossroads, ou une jeune femme bourrée sort la tête par le toi ouvrant d'une limousine et se prend une feu tricolore en pleine poire; EP 1x10 New Person, où une femme tue son mari avec une poële sous prétexte qu'il était "assommant", EP 1x13 Knock, Knock, où comment se faire assommer par une balle de golf), mais aussi un traitement général plus léger que ce qui arrivera ensuite (cf les problèmes financiers avec la société Kroehner).

Ensuite, d'un point de vue plus relationnel, ce sont là les premières relations qui vont se construire, et se déconstruire. D'abord, entre Nate et sa nouvelle petite amie, Brenda, celle-ci ayant un frère, Billy, particulièrement névrosé, ainsi que des parents psychologues pas mal non plus dans leur genre (d'où des situations assez rocambolesques de ce côté). Mais aussi, David et Keith, où comment leur couple va être mis à mal très (trop?) régulièrement (encore une fois, malheureusement, ce sont eux qui morflent, et se retrouvent sitcomisés en 2 saisons, malgré des moments parfois chargés en émotions et plutôt touchants). Ce sont aussi les premières aventures délirantes de la vie sexuelle de Ruth (où comment tromper un mort avec un coiffeur puis un fleuriste russe prénommé Nikolaï). Mais, ce sont avant tout des aventures intérieures qui vont se dérouler dans les épisodes. Poussant régulièrement les personnages à des introspections, c'est à l'intérieur d'eux-mêmes que des choses vont se développer, plus qu'entre eux (comme le dira par exemple Nikolaï à propos de Ruth, "Elle a tellement peur de déranger qu'elle marche sur la pointe des pieds même dans sa propre maison"). Volonté d'indépendance mais aussi d'attachement à quelqu'un ou quelque chose de fixe, de reconnaissance, et surtout de respect, c'est une compréhension des choses de la vie que l'on voudrait pouvoir vaincre que recherchent avant tout la majorité des personnages.
Se finissant malgré tout sur une note d'espoir, la naissance du deuxième fils de Rico, Augusto, la première saison pose les bases de la série, que ce soit d'un point de vue du traitement (bien que l'humour va se perdre au fil des épisodes), des relations, mais aussi de la réalisation (j'y reviendrai plus en détails à la toute fin de l'article).

Cette saison est excellente, mais, pour moi, ce sont les deux suivantes qui emporteront la mise.

Note : 96 %


Saison 2 / 2002

La confirmation


When death is your business, what is your life ?

Dès cette saison, l'humour noir grinçant, qui faisait en partie l'originalité de la série, va disparaître progressivement au profit d'une gravité plus importante. Quelques morts amusantes continuent cependant de survenir (on notera Nate va devoir faire face à sa malformation artério-veineuse au cerveau - MAV -, sorte d'épée de Damoclès qui le poursuivra jusqu'à la fin de la série, ainsi qu'à ses problèmes de couple avec Brenda. Celle-ci va d'ailleurs partir en vrille de plus en plus au fil de la saison, passant de névroses en névroses (EP 2x05 Invisible Woman, où elle rencontre une prostituée qu'elle continuera de voir jusqu'à la fin de la saison), conséquences de l'impact sur elle de l'internement de Billy (qui se retrouve, du coup, évincé de toute la première moitié de cette saison). Cela poussera d'ailleurs Nate à aller voir ailleurs si elle y est (avec toutes les conséquences dramatiques que cela impliquera, EP 2x04 Driving Mr. Mossback, où il retrouve par hasard à Seattle Lisa, sa première petite amie). Ensuite, David et Keith continuent d'être sitcomisés au possible (comprendre: des scènes incessantes de "je t'aime moi non plus", bien qu'elles commencent à amener leur désir de fonder une famille). Rico ne gagnera pas grand-chose, si ce n'est nous dérider plus ou moins (surtout avec l'affaire de son cousin Ramon, parmi les seules scènes comiques de la saison, EP 2x07 Back To The Garden). Les grands gagnants de cette saison vont en fait être Claire et Ruth. La première va faire ses premiers pas vers sa future vocation d'artiste (EP 2x06 In Place Of Anger) et traverser des épreuves sentimentales plutôt bien troussées (EP 2x03 The Plan, avec le départ de Gabe, son petit ami depuis l'EP 1x01 Pilot). Quant à Ruth, elle va peu à peu s'ouvrir, pas forcément aux bons endroits (EP 2x03 The Plan), mais toujours avec excès, ce qui fait toujours sourire. On suivra aussi la suite de ses déboires avec notre russe préféré Nikolaï.

Les morts sont parfois toujours aussi surprenantes (EP 2x06 In Place Of Anger, où un homme bourré tombe par-dessus bord d'un bateau et se fait découper par l'hélice; le Père Noël de l'EP 2x08 It's The Most Wonderful... qui, distrait par des enfants qui le saluaient, se fait renverser par une voiture; EP 2x09 Someone Else's Eyes, où un homme se fait fracasser le crâne par une boîte de sandwich qui a fait une chute depuis le haut d'un chantier; EP 2x11 Liar And The Whore, et sa retraitée qui étouffe sa compagne de chambre avec une saucisse). Cependant, plus que jamais dans la série, ce sont des morts simples et tristes qui surviennent généralement (EP 2x01 In The Game, overdose d'une jeune actrice; EP 2x02 Out, Out, Brief Candle et son jeune athlète qui décède subitement, renvoyant Nate à ses propres problèmes de santé; EP 2x03 The Plan, cancer en phase terminale; EP 2x04 Driving Mr. Mossback, mort naturelle, assis dans un car pour voyage organisé du 3ème âge; EP 2x12 I'll Take You, mort naturelle dans un salon de coiffure). Mais, il subsiste malgré tout un certain désabus vis-à-vi de certaines morts, en particulier celle de l'EP 2x07 Back To The Garden, où un homme meurt en pratiquant la masturbation avec auto-strangulation. Il prend soin de se mettre un morceau de citron dans la bouche pour rester éveillé au cas où sa situation deviendrait critique. Mais, bien qu'il croque le bout de citron, il meurt, pendu sur sa machine de musculation. Comment ensuite expliquer à sa femme, qui lui survit avec un jeune enfant, qu'il ne s'est pas suicidé, qu'il ne les pas abandonné, mais qu'il se masturbait quand même?
L'EP 2x08 It's The Most Wonderful... est, selon moi, un très bel épisode, puisqu'il se déroule très exactement un an après le décès de Nathaniel (d'où le problème chronologique énoncé plus haut: il est mort à Thanksgiving, mais un an tout pile nous amène à Noël). Du coup, chaque personnage se souvient par flashback du dernier moment passé à ses côtés.
Enfin, c'est tout le segment sur la MAV de Nate qui va servir de fil conducteur à la série. Celui-ci souhaitant alors profiter au jour le jour de sa vie, il va cependant se retrouver confronté à ses peur, peur de mourir surtout. Il va trouver quelque temps un peu d'aide à l'aide d'une femme rabbin (EP 2x07 Back To The Garden, et EP 2x11 Liar And The Whore). C'est donc sur cet arc que s'achèvera la saison, nous laissant sur Nate, crâne complètement rasé, qui part en bloc de chirurgie pour se faire opérer. S'enchaîne un fondu au blanc, où l'on voit Nate courir sur une route déserte quand arrive un bus qui s'arrête à côté de lui. Il y monte. Fin de la saison.

Pour moi, cette saison est la meilleure. Elle conserve les bases de la série (même si elle perd un peu d'humour et qu'elle ne remonte pas trop le niveau avec David et Keith), mais ajoute une profondeur aux personnages et une gravité accrue aux situations, et ce toujours avec une très grande justesse. Mais surtout, les morts ont généralement un vrai impact, à la fois sur les personnages et sur le spectateur, ce qui ne sera pas toujours la cas par la suite (surtout dans la saison 4, celle de la déception). Cependant, la saison 3 (celle de l'affranchissement des habitudes du show) sera très surprenante, dès les premières images.

Note : 99 %


Saison 3 / 2003

La consécration


Life. Death. Guilt. Afterlife. Six Feet Under.

Si l'on pensait (à juste titre) que l'opération de Nate servirait d'ouverture, cela n'est qu'en partie vrai. En effet, c'est que notre Nate adoré ne va pas faire long feu... et meurt sur la table d'op au bout de 4 minutes ! Eh oui, vous avez bien lu, Nate meurt dès le début de la saison. Mais pour mieux revenir. En effet, l'introduction sur la table d'opération est suivie d'une séquence onirique de rêve, faite de discussions avec son père et d'enchaînements de scènes plus ou moins prémonitoires avec le reste des personnages, à l'issue desquelles le fameux écran du décédé de l'épisode (Nate donc) va voir la date de mort s'effacer pour nous faire revenir à la réalité... 7 mois après l'opération.
Et il s'en est passé des choses en 7 mois.
Car, il y avait quelque chose qu'il fallait déceler dans la saison précédente: c'était bel et bien l'arrivée de Lisa, qui se retrouve mariée à Nate, bébé Maya à la clé. Ainsi, envolés les rêves d'indépendance de ce pauvre Nate, qui va alterner de manière inhumaine les hauts et les bas dans sa vie de couple. Mais surtout, rien, mais absolument rien ne peut préparer le spectateur à l'arc qui suivra sur Lisa et qui concernera les épisodes 3x10 à 3x13.
Le mariage de Nate avec Lisa signifie donc la rupture (plus ou moins) définitive de ce dernier avec Brenda, chose qui se fera avec assez de mal (trop, selon moi, car à force, on se sait plus sur pied danser avec Nate),et donc, forcément, qui s'achèvera sur le retour fracassant dans la vie de Brendade ce bon vieux cinglé de Billy, qui finira de s'autodétruire avec elle (on frôlera l'inceste frère-soeur dans l'EP 3x10 Everyone Leaves, épisode clé pour beaucoup de choses). Ne vous inquiétez pas, elle s'en sort mieux que lui en grâce à son aventure avec son gentil voisin Joe (seul problème, il est aux sex-addicts anonymes, mais pour une fois, cela ne débouche pas sur des galères impossibles).
Ensuite, c'est au tour de Rico de voir son ménage chamboulé lui aussi, sa femme Vanessa devenant dépressive suite au décès de sa mère (EP 3x07 Timing & Space), et d'aller voir, du coup, ailleurs si elle y est (une habitude, ici, il faut croire).
Enfin, si quelque chose caractérise la saison 3, c'est l'arrivée massive de nouveaux personnages. Tout d'abord, ce sera pour Ruth. En premier Bettina, une amie de sa soeur, avec qui elle sympathisera tout au long du reste de la série. Ensuite, Arthur Martin (si, si, je vous assure), nouvel assistant des Fisher, tout aussi coincé mais encore plus guindé (EP 3x05 The Trap. Sauf que Ruth va venir lui faire de l'oeil discrètement. Enfin arrive en fin de saison (EP 3x11 Death Works Overtime) l'inconnu George Sibley, servant anodinement d'épaule de soutien pour Ruth. Or, il s'avèrera que ce gentil monsieur aux multiples ex-femmes sera dans l'EP 3x13 I'm Sorry, I'm Lost... le nouveau mari de Ruth! Eh oui, ça ne chôme pas par ici!
Ensuite, c'est du côté de Claire qu'il y a du changement. Son entrée en école d'art lui ouvre la porte à de nouvelles connaissances, dont spécialement deux personnes. La première est Russell, qui deviendra son petit ami au point de la mettre enceinte (d'où un avortement assez traumatisant pour elle, et une très jolie scène dans l'EP 3x13 I'm Sorry, I'm Lost sur laquelle je reviens un peu plus tard). La deuxième est son prof Olivier, qui deviendra à la fois l'amant dudit Russell, mais aussi celui de la mère de Brenda après la mort de son mari.
En gros, côté relationnel, il y a de quoi faire.

Bien entendu, toutes ces histoires sont directement rattachées aux morts.
Principalement, à celles qui ne préviennent pas. L'exemple de celle de Lisa qui, bien qu'arrivant qu'à la fin de la saison, et n'étant résolue qu'à l'issue de la saison 4, reste un évènement fort de la saison, mais en fait aussi de la série toute entière. Car, si la femme de Nate est loin d'avoir le charisme et l'intérêt de Brenda, elle est celle par qui le changement arrivera chez Nate. Tour à tour chiante, aimante, mais surtout attendrissante, c'est grâce à elle que Nate va se remettre en question (pour le meilleur ici, pour le pire dans la saison suivante). Sa vie va devenir celle, routinière, d'un couple banal, passant son temps (malheureusement, ça en devient lourd à force) à se demander s'il a bien fait de se marier avec elle, ou s'il ne ferait pas mieux de retourner batifoler avec Brenda. Cependant, le traumatisme que sa disparition va créer sera certainement une des "meilleures" choses qui lui arrivera de toute la saison. Magnifiquement triste, le dernier épisode de la saison que l'acceptation de cette perte donnera est, pour moi, un des plus beaux de la série, toutes saisons confondues. Le laissant seul avec sa fille qui lui rappelle tant sa femme, Nate achève ici sa destinée d'ange perdu au milieu d'une vie qu'il ne maîtrise plus du tout. Ce qu'il finira par accepter dans une des toutes dernières scènes de la saison, où Lisa et Nathaniel le forceront à regarder sa culpabilité en face.
Mais, il ne sera pas le seul à traverser des étapes.
En effet, à partir de l'EP 3x10 Everyone Leaves, les choses s'accélèrent grandement. Et celles qui en feront donc les frais seront Ruth et Claire. La première se remarie, signe aussi de l'acceptation de la perte d'un être cher, là où elle n'avait fait jusqu'ici qu'essayer de ne pas penser trop à lui. Son mariage, tout simple, lors du final de la saison est, comme le final de la saison 1 l'était, un espoir seulement passager d'une vie meilleure, passager car la saison 4 se chargera de dérégler tout ça (ce qui constituera un des seuls arcs intéressants de cette quatrième saison d'ailleurs).
Enfin, Claire amènera lors de cet EP 3x13 certainement une des plus belles scènes de la saison lorsque, voulant se rendre pour la première fois sur la tombe de son père, celui-ci l'accueille au milieu d'une sorte de mini-fête foraine, où elle retrouvera... Gabriel, parfaitement heureux, en train de jouer avec son frère Anthony. La mort de celle-ci n'étant jamais confirmé, peut-être n'est-ce là qu'un délire de l'imagination de Claire. Rien n'est moins sûr. Mais ces retrouvailles sont parmi les plus émouvantes de la série. Surtout que ces retrouvailles sont suivies d'une apparition de Lisa, ainsi que ce qu'aurait été le bébé de Claire si elle n'avait pas avortée. C'est alors que l'on comprend pour la première fois que Lisa n'est pas seulement disparue.

Commençant à s'affranchir des règles de show (on remarquera d'ailleurs l'apparition dorénavant de chansons différentes lors du générique de fin des épisodes) et possédant le plus beau final de la série (comprenez: émouvant, juste, touchant, triste, vrai), cette saison se hisse à la hauteur de la deuxième, et achève de montrer la supériorité de la série sur la majorité des shows de la catégorie "dramatique". Cependant, une page se tourne ici, au vu de ce qui nous attendra avec la quatrième saison.

Note : 98 %


Saison 4 / 2004

La déception


Every day above ground is a good one.

Ici, ça va aller vite. Pour deux raisons.
1. J'ai mangé la saison en 4 jours.
2. Elle s'est avérée relativement décevante sur plusieurs points.

Si la disparition prématurée de Lisa est propice au retour de Brenda et sa folie habituelle, le problème est que, maintenant, on s'en fout plus ou moins de Branda. Non seulement le couple Nate/Brenda va se retrouver sitcomisé (quasi à la hauteur de celui de David et Keith), mais on va en plus se taper un deuil tellement interminable qu'il en devient barbant et presque incroyable. Du côté de Rico, même combat: à trop faire mumuse, il s'y brûle les ailes et son mariage. Et même son de cloche: on s'en fout plus ou moins.
Les seuls à s'en tirer plus ou moins sont David, qui a droit à son épisode dédié (le seul possédant un impact à long terme, et à être palpitant, bien que les conséquences vont devenir là encore assez répétitives), Claire (bien qu'elle n'ait pas de situations réellement intéressantes, on notera l'arrivée de nouveaux personnages et un avortement), ainsi que Ruth et son George de mari, seul personnage qui aura un vrai et intéressant développement dans cette saison.
En soit, rien de bien grave jusqu'à présent, me direz-vous. Mais, pourtant, il est clair que l'éloignement des décès vis-à-vis des Fisher enterre cette saison loin des autres. Les morts n'ayant plus de véritables impacts ou d'intérêt, ce qui faisait jusqu'ici le charme et le sel de la série semble ici avoir quasiment disparu. On retrouve bien entendu des scènes introuvables ailleurs (tout particulièrement l'enterrement à vif de Lisa par Nate dans l'EP 4x01 Falling Into Place), ainsi que certains décès plutôt comiques (EP 4x02 In Case Of Rapture, et sa fanatique religieuse prenant des poupées gonflables qui s'envolent pour des anges venant la chercher; EP 4x04 Can I Come Up Now?, et son stalker qui se fait bêtement foudroyé) mais le show semble clairement avoir divagué loin de ses intentions premières pendant cette saison. Cependant, si elle reste tout de même de qualité supérieure à la majorité des productions du moment, elle ne sera, de plus, qu'un "incident" isolé, comme le prouvera la cinquième et dernière saison.

Note : 89 %


Saison 5 / 2005


Everything. Everyone. Everywhere. Ends.

Le retour aux sources. Le début de la fin. Le meilleur.
Des superlatifs à plus savoir qu'en faire, voilà les seuls mots qui me viennent à propos de cette dernière saison.
Laisser partir les êtres que l'on a vu s'épanouir, qui sont devenus comme des amis, de la famille un peu.
Le présent, le passé, le futur, des gens partent, d'autres reviennent.

Parce que 10 minutes peuvent suffire à faire pleurer des milliers de gens. 10 minutes de la plus belle des séries jamais créées.

La naissance, la vie, la mort.

Six Feet Under.

RIP.

Note : 96 %




Point de vue "technique"

La réalisation :

Pas mal de réalisateurs différents se sont succédés ici. Normal pour une série. Mais, le style est toujours resté le même: sobre, sans fioritures ni cadrages extravagants. Pour une série dramatique, c'est tout de même ce qui marche le mieux. On notera cependant quelques petites choses à retenir: la première, c'est que le créateur-scénariste-producteur-réalisateur de la série n'est autre qu'Alan Ball, scénariste d'American Beauty (rien que ça). Ensuite, que l'actrice oscarisée Kathy Bates a réalisé un certain nombre d'épisodes, ce dès la première saison. Enfin, qu'un des réalisateurs principaux, Michael Cuesta, est actuellement sur une des meilleures séries du moment: Dexter, avec... Micheal C. Hall ! Comme quoi, le monde est petit !

Les acteurs :

Un petit topo là aussi sur les acteurs car, la série étant à contenu "psychologique et dramatique", elle ne peut que reposer énormément sur ses acteurs. La formidable troupe principale en premier. Tout d'abord, Frances Conroy (Ruth Fisher), en espèce de vieille femme ne sachant que faire de sa vie sentimentale, batifolant à gauche et à droite car elle a toujours été avec son mari. Ensuite, Richard Jenkins (Nathaniel Fisher), figure du père à la fois sage et protecteur, mais surtout absent. Le nouveau mari, James Cromwell (George Sibley), avec un passé malheureusement trop chargé (et une paranoïa à venir). Peter Krause (Nate Fisher), le fils rebelle à toute forme d'autorité et de destin. Sa femme (temporaire), Lily Taylor (Lisa Kimmel), chiante puis attachante, vivante puis morte. Rachel Griffiths (Brenda Chenowith), la "peut-être que oui, mais non, enfin maintenant je suis marié etc" petite amie intermittente de Nate. Son cinglé de frangin, Jeremy Sisto (Billy Chenowith). Michael C. Hall (David Fisher), le fils refoulé, plus proche de sa mère que de son père, dont il n'aura cessé de vouloir la reconnaissance, et son petit ami Matthew St. Patrick (Keith Charles), prêt à tout pour lui, mais pas trop quand même. Lauren Ambrose (Claire Fisher), archétype de l'ado artiste dans son monde plein de naïveté et d'illusions. Son futur ex petit ami Eric Balfour (Gabriel Dimas), trop perturbé et dealer pour elle, mais pourtant si amoureux. Enfin, l'associé thanatopracteur latino et méga cool (le seul de la série à l'être d'ailleurs) Freddy Rodriguez (Federico Diaz).
Toute cette petite troupe est régulièrement complétée par des arrivants de toute sortes, qui restent parfois longtemps. C'est donc ici qu'on a pu suivre les premiers grands moments de Ben Forster (Russell Corwin) avec son rôle dans X Men 3, le nouveau petit ami de Claire, aussi dérangé que le précédent; ceux de Rainn Wilson (Arthur Martin, si si, je vous assure), assistant temporaire des Fisher jusqu'à ce que Ruth s'éprenne plus ou moins de lui; Ed O'Ross (Nikolaï), le fleuriste russe très bourru, mais tout aussi sympathique; son rival le très simple coiffeur Ed Begley Jr. (Hiram Gunderson); Justin Theroux (Joe), le voisin sex-addict de Brenda; la soeur délurée et attendrissante de Ruth Patricia Clarkson (Sarah O'Connor); la fille de George (et l'aventure fatale de Nate) Tina Holmes (Maggie Sibley); le prof barjo et con de Claire Peter MacDissi (Olivier Castro-Staal); la nouvelle ancienne amie de Claire Mena Suvari (Edie); et enfin, la franche et adorable amie de Sarah puis de Ruth Kathy Bates (Bettina).

Tout ce joli monde se débat et réussit à donner vie à ce qui reste, à mes yeux, l'un des plus beaux et justes essais de la télévision. Un essai sur la vie et la mort, les nôtres et celles des autres.

La musique :

2 BOs sont disponibles, reprenant quelques chansons présentes durant l'ensemble des 5 saisons. La première BO est la seule à reprendre le thème principal de la série composé par Thomas Newman, et se concentre sur les trois premières saisons. La deuxième (nommée Everything Ends) se concentre sur les saisons 4 et 5. On y trouve un peu de tout sur les deux: PJ Harvey, Craig Armstrong, The Dandy Warhols, Coldplay, Phoenix, Radiohead. Cependant, il faut quand même avouer que la série n'a pas pour vocation d'être une bande son ambulante, et reste assez sobre de ce côté, tout au long des 63 épisodes la composant.


Critiques des spectateurs Allociné


La série a été diffusée en France en totalité sur Canal Jimmy, ainsi que sur France 4. Les deux premières saisons avaient été diffusées sur Canal +, et les trois premières sur France 2.

La distribution DVD s'est faite en intégralité chez Warner, avec plus ou moins de bonheur (en effet, HBO étant une chaîne privée, elle ne possède pas de section de distribution internationale. Ainsi, elle édite chez d'autres sociétés ses séries. Sex And The City, OZ et Deadwood sont par exemple chez Paramount, qui n'ont pas de droits pour les bonus, donc Paramount=aucun bonus), Warner proposant de magnifiques coffrets et reprenant la totalité des bonus US, mais ne sous-titrant absolument jamais les commentaires audio. A noter que les deux premières saisons sont au format vidéo 1.33, tandis que les trois suivantes sont au format 1.78. Enfin, l'audio est toujours en 5.1 pour l'anglais. Par contre, pour les autres langues, c'est la valse. La première saison propose un 5.1 Français, toutes les suivantes le seront en 2.0. Et si ces deux langues (ce qui nous suffit amplement) sont les seules proposées pour la saison 1, les suivantes proposeront toujours une troisième piste: Anglais 2.0 pour la saison 2, Hongrois (!) 2.0 pour les saisons 3 et 4 (qui nous remplace la 2.0 Anglais - quand je dis que c'est nimp -) et Espagnol 2.0 pour la saison 5 (en plus de la 2.0 Anglais qui revient).


Et maintenant, quelques liens utiles :

- le site officiel HBO

- le site de Six Feet Under France, particulièrement complet (mais pas remis à jour depuis la diffusion de la saison 5 sur Jimmy)

- un interview de Jill Soloway, scénariste de Six Feet Under

- une de mes trouvailles préférées: une thèse sur la pertinance sociale et psychologique de Six Feet Under

- le tout petit bout de machin de pub de France 2 (histoire de montrer la popularité de la série en France, c'est vraiment honteux quand on voit les séries actuellement programmées)

- celui de Canal Jimmy, pas beaucoup mieux. On applaudira d'ailleurs les deux erreurs: le titre de la chanson (voir en bas de la page) est "A Rush Of Blood To The Head" - c'est juste de Coldplay, c'est pas trop connu, ironie inside - , mais surtout, le format de la série en 52 minutes et non 40. Bien joué Jimmy !

- les excellents dossiers faits par Dvdrama.com pour les sorties DVD de la saison 2, la saison 3, la saison 4, et enfin, la saison 5.

- un article américain paru suite à la diffusion de l'EP 1x05 An Open Book

- un site récapitulatif géant des épisodes de la série (et en plus, ils sont notés)

- un site français de fan doté par ailleurs d'une très jolie intro

- l'article Wikipedia
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# Posté le samedi 14 avril 2007 13:55

Modifié le mardi 16 septembre 2008 15:42

Gregory Lemarchal

Paraît qu'un des seuls produits Star Ac' potable a décédé de la mucoviscidose. Moi, perso, je m'en branle. Mais bon, au moins, les assoc et centres de recherche recevront plus de dons. Les morts connus, il ya que ça pour attendrir les gens. Et faire ouvrir les porte-feuilles. Alors, messieurs les artistes, clamsez d'une maladie rare. Il y a que ça qui marche.

"- C'est quoi au fait, la muco-truc ?
- J'en sais rien, moi, demande à House !
- On s'en fout, il est déjà clamsé de toute façon."
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# Posté le jeudi 03 mai 2007 15:30

Modifié le samedi 19 mai 2007 11:15

Eternal Sunshine Of The Spotless Mind - 94 %

Eternal Sunshine Of The Spotless Mind - 94 %
Eternal Sunshine Of The Spotless Mind / Michel Gondry, USA - 2004

Clean Your Mind. Clean Your Heart.

Michel Gondry est un dieu. Un génie même. Un génie divin, mais humain. Et comme tout le monde, il a eu ses déconvenues. Amoureuses, bien entendu. Charlie Kaufman aussi. Et lui aussi est un génie humain. Le génie qui nous a apporté Being John Malkovich et Adaptation.. Et si, alors que je n'ai même pas fini de rédiger l'article sur Six Feet Under, je choisis d'en faire un sur ce film, c'est pour deux raisons. La première est que je viens de revoir La Science des rêves. La deuxième, c'est tout simplement que ce film me touche particulièrement. Il m'est alors difficile d'en faire une critique objective et bien construite, car je ne sais par où commencer.

J'ai toujours détesté les films romantiques. Je trouvais ça chiant, pompeux, convenu et sans intérêt. Pourtant, c'est pas ça qui manque sur les écrans, des films romantiques. Et puis, j'ai un peu vécu, et si je trouvais ça chiant et sans intérêt, c'est parce qu'il n'y avait rien en moi à faire résonner. Maintenant oui. Et, Eternal Sunshine est arrivé à un moment où je ne pouvais que m'y retrouver.

Il y en a qui ne comprennent pas ma passion pour certains films, et qui sont incapables de faire l'effort de regarder un film, s'y plonger, s'y laisser absorber sans arrière-pensée. De vivre un film comme une vraie expérience (enfin, je parle pour des films un peu élevés, mater le Da Vinci Code, ça demande pas ce genre d'efforts par ex). Et c'est pour le même type de raisons que je me permets de me moquer de ceux qui n'ont pas aimé le film pour des raisons de compréhension, ou d'intérêt. Ces personnes, qui n'ont pas été touchées par le film, n'ont pas vécu assez pour l'être.


Ce film est beau et simple. Et compliqué, comme peuvent l'être les choses de la vie. Il parle des regrets, de ce que l'on a fait et qu'il ne fallait pas faire. Et de ce que l'on n'a pas fait, quand il aurait fallu. Alors, face à tout ça, si l'on avait la possibilité d'oublier ce qui nous blesse, CEUX qui nous blessent, le ferions-nous ?

Clementine l'a fait. Elle s'est fâché avec son petit ami, Joel. Ils ont rompu. Elle l'a effacé de sa mémoire, de ses souvenirs. Elle l'a fait scientifiquement, grâce à la société spécialisée Lacuna Inc. Et Joel ne le sait pas. Alors, lorsqu'il la revoit en surprise pour son anniversaire, elle ne le reconnait pas, et il ne comprend pas. Jusqu'à ce qu'il apprenne pourquoi. Et qu'il décide de faire pareil. Mais le procédé a sa méthode: une fois le patient endormi, il revit ses souvenirs à rebours, qui s'effacent une fois revisualisés. Et, alors qu'ils se conforte dans son choix en revivant ses derniers instants tumultueux avec Clémentine, voici les souvenirs heureux qui reviennent, et il se rappelle pourquoi il l'aimait. Vaut-il mieux lâchement tout effacer, ou souffrir pour se souvenir des bons moments ? Il choisit de se battre, et fuit avec la Clémentine de sa mémoire, pour échapper à la fin définitive de leur histoire.

Lorsqu'il cherche par tous les moyens à sauver celle qui l'a tant brisé, mais qu'il a aimé, et qu'au fond il aime encore malgré tout, c'est toute l'imagerie de Gondry qui se met en branle, et tout le talent de Carrey qui s'exprime. Un rien suffit alors à émouvoir.
Ne serait-ce que ce premier rendez-vous raté qui devient des adieux retravaillés. Comment dire adieu pour la première fois à quelqu'un ? C'est comme un enfant qu'il se retrouve alors dénué de toute idée, toute phrase préconçue. Juste ses regrets. Il est trop tard pour trouver les mots. Quant à une deuxième chance, il l'a refusée. D'un pessimisme sans limite sur ce point, le film appuis sans cesse sur le fait que nous ne savons pas prendre de vraies décisions. Des décisions importantes. Et que quand nous en prenons, c'est soit pour changer d'avis, soit pour prendre la mauvaise sur un coup de tête (le caractère impulsif de Clémentine sera maintes fois mis en lumière). Mais, et c'est là où beaucoup de gens n'ont pas vu ce qu'il fallait, c'est que le film, bien plus au final que son futur frère La Science des rêves, reste optimiste sur un point: là où nous n'avons pas de rôle à jouer, alors tout est possible. Les deux rencontres de Joel et Clémentine en sont les exemples flagrants. La première se fait par hasard, et tout se passe bien jusqu'au moment de faire un choix. Quant à la deuxième, elle se déroule quasiment inconsciemment, suite aux traces de l'intervention sur Joel. Car, si nous faisons de mauvais choix dès qu'ils sont réfléchis, nos sentiments, eux, savent où nous guider (le lien entre Joel et Clémentine est quasi-télépathique quand celui-ci se fait effacer ses souvenirs). Alors, à quoi bon les effacer ?

Là où le film se dé-linéarise une peu, c'est en mêlant un peu plus la réalité aux souvenirs de Joel en introduisant le nouveau petit ami de Clémentine travaillant pour Lacuna Inc. En effet, avec son intervention, Joel ramène chez lui les personnages secondaires du film, et ceux-ci vont rester à côté de lui durant (presque) toute l'opération. Cependant, il va par deux fois entendre ce qui se passe à côté (cf la passage de la petite culotte volée, et celui du carnet de notes/poèmes/phrases types volé). Cela va d'une première manière orienté sa course contre le processus d'effacement. Mais surtout, on va se rendre compte d'une sorte de triangle amoureux entre Mary, Stan et le docteur Mierzwiak qui va découler sur deux conséquences. La première, c'est la révélation de l'effacement d'une histoire entre Mary et le docteur (et l'on apprend dans les scènes coupées qu'il a aussi été question d'un avortement). La deuxième, c'est que Mary va alors démissionner et rendre aux anciens clients les cassettes enregistrées lors de leurs entretiens pre-interventions. Joel et Clémentine vont alors recevoir les leurs après leur deuxième rencontre. Problème: ils y parlent donc du pourquoi effacer l'autre, ce qui aura pour effet de perturber violemment leur nouvelle rencontre (effet découlant donc de leurs décisions).

Mais, au-delà de l'effacement à proprement dit, c'est aussi de leur transformation selon nos souhaits que parle le film. Un exemple simple, celui de la voiture: essayer de vous souvenir d'une voiture, un modèle que vous connaissez bien mais pas directement, puis de sa couleur. Maintenant, essayez avec une autre couleur. Cela est très simple, et montre à quel point les souvenirs sont malléables dès que nous n'en sommes pas directement concernés. Ici, les paroles sont sujettes à subjectivité, et lorsque Joel se souvient de sa dispute dans la rue avec Clémentine, il ne se souvient rapidement que de ce qu'il a dit lui, et non de ce qu'elle disait elle. De la même manière que celui-ci ne pourra sortir de Saratoga Avenue après le départ de Clémentine car il ne l'a jamais poursuivie jusqu'au bout: son souvenir en est donc limité.

Mais, c'est aussi un trésor d'imagination qui se déploie lorsque Joel se réfugie dans son enfance, et se retrouve avec Clémentine dans la peau d'enfants de 7 ans. Et c'est là toute l'innocence perdue de son amour pour elle qui termine de forger notre opinion: oui, il l'aime comme un fou, et elle ne l'a jamais vu. Et lui non plus.

Alors, quand les dits adieux arrivent, c'est le coeur en miettes (le nôtre avec) d'avoir pris la mauvaise décision, deux fois qui plus est, que Joel dit au revoir à sa Clémentine. En essayant de s'expliquer, de se trouver des raisons, des excuses pour avoir fui lâchement devant le premier obstacle qui s'est dressé avec lui. Et finalement, en rendant cela moins difficile que cela ne l'a été. Finalement, en mentant, tout simplement. Dans un Elephant Parade final, il oubliera alors définitivement ce qui faisait d'elle quelqu'un de si particulier pour lui. Pour mieux recommencer. Comme le chantaient The Korgis, ici repris par Beck: Everybody Gotta To Learn Sometimes:
Change your heart, Look around you. Change your heart, It'll really stounds you.
But I need your loving. Like the sunshine.


Note : 94 %


Visuellement, le film est particulier: quasiment tous les trucages sont fait à l'ancienne, c'est-à-dire, sans ordinateur. Exemple: quand Joel se dédouble dans son souvenir et se voit parler au docteur Mierzwiak, c'est bien Jim Carrey qui court derrière la caméra en mettant son bonnet, le temps que celle-ci tourne, pas d'astuce de montage. Majoritairement, tout est histoire de perspectives, de filtres en papier devant la caméra etc. De plus, comme les choses seraient trop simples sinon, le film est monté chronologiquement dans le désordre (je sais, en ce moment, c'est hype, que voulez-vous), mais cela permet à ceux qui suivent de se laisser le suspense de la deuxième rencontre (et histoire du coup) entre nos deux tourtereaux.

Du côté des acteurs, toute la troupe (plutôt réduite ceci dit) est au diapason. Jim Carrey prouve, après Man On The Moon et The Truman Show qu'il est aussi capable d'émouvoir plus que de faire rire. Kate Winslet, si l'on a parfois envie de la baffer tant son personnage est hystérique, est ici adorable. Mais, c'est encore et toujours du côté des seconds couteaux qu'il faut faire attention, car il y une deuxième histoire à ne pas rater, car elle aura son importance. Kirsten Dunst fait du Kirsten Dunst, en peut-être un peu mieux que parfois (cf le craignos Crazy/Beautiful), et Elijah Wood ne sert pas à grand chose au final, et ne sert que de sidekick de luxe. Cependant, si Tom Wilkinson s'en sort avec les honneurs sans son son rôle de "héros" dépassé et rattrapé par sa technique (et ses conséquences), c'est Mark Ruffalo qui confirme son talent après We Don't Live Here Anymore, et épouse les formes de son personnage de faux Don Juan, mais vrai perdu. A noter un rôle coupé au montage pour Ellen Pompeo (alias Meredith Grey dans Grey's Anatomy), qui jouait Naomi, l'ancienne petite amie de Joel.


Critiques presses

- le blog de Michel Gondry
- le site du film
- un peu plus intriguant, le faux site de Lacuna Inc, la société d'effacements des souvenirs
- enfin, riez 2 minutes avec les critiques spectateurs 0 étoiles (moi, ça me fait autant rire que ceux qui avaient compris que Marv se réincarnait en Dwight puis en Hartigan dans Sin City et qui, du coup, disaient du film qu'il était merdique car incompréhensible! Bwa ha haha ! Au fait, Eternal Sunshine est 40è du Top 250 Imdb.com)


Exemples à mes notes sur les critiques:
1) "Je suis étonnée du nombre de personnes qui ont aimé ce film. Je me demande même si nous avons vu le même. Pour ma part, je ne pense même pas que le couple que Joël forme avec Clémentine puisse fonctionner, je ne crois pas qu'il ait bien fonctionné un jour. C'est pour ça que je trouve sa lutte pour conserver la mémoire un peu ridicule et surtout complètement inutile... Il y a cependant quelque chose dans cette lutte pour conserver la mémoire d'intéressant (d'où l'étoile) voire de poétique (parfois), comme une tentative de voir par quels méandres la mémoire et l'imaginaire peuvent passer et par quels moyens ils peuvent s'entrelacer. Bon hormis ce point positif, les autres personnages sont, malheureusement, sinistres puisqu'aucune de leurs histoires d'amour ne semble fonctionner. Je me suis même demandée pourquoi les personnages souhaitaient vivre des histoires d'amour si c'est pour connaître quelque chose d'aussi moche... Bref un film vraiment déprimant..." (1 étoile)

2) "Dès le moment où l'histoire se transforme en SF, tout est perdu et on s'ennuie jusqu'à la fin: un thème SF très mal développé, mélangé avec un humour américain assez faible qui abuse de la même blague encore et encore" (1 étoile)

3) "un scénario incompréhensible avec des flashback, des scènes coupés, entrecoupé..." "ce film est le plus gros NAVET jamais produit a mon sens, on se perd beaucoup trop au debut du film, la compréhension est quasi impossible et j'en passe" "Film embrouillant avec tous ces flash back" "ce méli-mélo de flash back fait qu'on se perd très vite si l'on manque une seule phrase" "J'étais complètement perdue et je me demandais sans cesse : "mais qui est quoi, où, quand, comment ?" (0 étoile)

4) "En regardant Eternal sunshine of the spotless mind, on comprend à quel point la mention de "film culte", ou mieux encore "film générationnel", c'est minable. Avec Garden state, une autre preuve flagrante de la niaiserie de cette fameuse génération concernée." (0 étoile)
(pour moi, celle-ci est une perle)


Réponses:
1) Exemple du "pourquoi l'amour craint ?", sous-entendu "moi, tout va bien, donc je ne comprend pas pourquoi les autres, ça irait mal". Corrobore ma thèse du "je n'ai pas vécu donc ne comprend rien à la vie". Ou alors ce spectateur est une spectatrice qui s'appelle Stacy, a 11 ans, et possède plus de 400 licornes en peluches.

2) Certainement quelqu'un qui attendait ici le nouveau Star Trek et qui a trouvé le dernier Gondry. Corrobore ma thèse du "les gens se savent pas ce qu'ils vont voir au cinéma". Exemple: "- Maman, on va voir le film avec les nounours ? Ca a l'air bien. - Oui, mon chéri." Extase d'une enfant de 6 ans devant l'affiche des Lois de l'attraction (heureusement pour sa débile de mère, contrairement à Bad Santa, le film est interdit aux moins de 16 ans, c'est écrit en grosses lettres au cas où la vieille ne saurait pas lire).

3) Types mêmes du "je ne comprend rien, donc c'est de la merde" (voir mon avis sur eux plus haut). Méprisables au dernier degré (et je ne vais pas m'en priver).

4) LA perle en 4 points. Premier point, l'auteur renie toute capacité des gens à juger en masse d'un film en rejetant les appellations "culte" et "générationnel" (en gros, il crâne à mort en utilisant plein de jolis mots de plus d'une syllabe et en ajoutant un exemple). Deuxième point, il arrive à dire que Eternal Sunshine est un film générationnel (pas mal), et à faire du mot "générationnel" un prolongement de "culte" (pas mal non plus). Troisième point, il descend du coup Garden State (quel homme de goût) et arrive au quatrième point: la génération X est niaise au possible (heureusement, on a créé le Fight Club pour remédier à toute cette niaiserie dégoulinante ) - encore un soixante-huitard sur le retour va - .

# Posté le samedi 05 mai 2007 18:01

Modifié le mercredi 16 mai 2007 18:48