Silent Hill /
Christophe Gans, coprod Canada / Japan / USA / France - 2006
(Avis à chaud, puis critique après visionnage en DVD.)- 1ère critique :Tout commence sous les meilleurs augures: un réalisateur tout à fait capable (cf
Crying Freeman), un scénariste (en fait deux:
Boukhrief et
Avary) tout autant aguerri, et un matériau de base censé pouvoir tout donner, et surtout, déjà proche des canons cinématographiques. Et pourtant, dès le point de départ, la machine s'emballe, sans que le spectateur sache vraiment pourquoi.
Que l'on soit adepte ou non du jeu éponyme, on se retrouve perdu. Si l'on connait l'univers (soit les quatre jeux, ou au moins les trois premiers), le film donne constamment l'impression d'être une sorte de
digest: des personnages du premier, d'autres du deuxième, des bestioles du troisième, bref, il fallait tout utiliser, c'est fait.
Si l'on n'y connait rien, on ne peut apprécier justement ces allusions (un peu comme voir
Scary Movie 4 pour ne pas comprendre toutes ces vannes typiquement US). Ainsi, quid de
Pyramid Head, de
Dahlia, etc? Impossible de suivre sans s'y perdre.
Et ainsi, à trop vouloir tout utiliser, on peut légitimement se demander: pourquoi ne pas avoir directement repiquer un scénario intégral d'un des jeux? C'est sûr, c'est facile et sans surprises, au moins pour tous ceux qui y ont joués. Mais cela éviterait de nous pondre un dénouement incompréhensible (suffit d'écumer les forums pour voir le nombre de théories là-dessus).
Mais, ce qui est profondément dommage, c'est que l'univers, l'ambiance reste par contre assez bien conservée! C'est terrible, car l'on sent clairement que l'on vient de passer à côté d'une excellente adaptation.
Lors des scènes "à panique" (genre l'attaque des nouveaux nés, - argh! -), on retrouve bien cette idée de monstruosités renvoyant à un malaise personnel: les nouveaux nés donc, l'infirmière, les formes inhumaines, tout cela pour rendre compte des peurs intimes liées au personnages (donnant parfois lieu à des images bibliques,
Pyramid Head en haut des escaliers de l'église, ciel noir derrière par exemple).
On retrouve surtout la personnalité de
Silent Hill, sorte de ville éteinte mais vivante: brouillard, alarme digne de l'annonciation de l'Apocalypse (mais peut-être faisant écho à une menace nucléaire, plus proche de nos peurs contemporaines).
Cependant, on passe, au final, clairement à côté de quelque chose de sensationnel, faute d'avoir voulu en faire trop.
1ère note : 75 %
- 2ème critique :Là, c'était la déception qui parlait. Face à ces trucs qui m'avaient tellement laissé sans voix que sont
Silent Hill 2 et
3, j'attendais mieux. Et pourtant, qu'attendre exactment de plus ?
Explications.
La série des
Silent Hill fonctionnent, comme sa ville fantôme, à plusieurs niveaux. Le réel et le sombre, principalement, soit ici la quête de
Rose et celle de son mari. Ou celle de
Sharon et celle d'
Alessa. Celle du présent et celle du passé. Ca y est vous pigez ? Oui, on est bien en face de plusieurs niveaux de lecture qui, en fait, nécessitent une première vision en préambule, histoire de dégraisser du superflu.
Ce qui est très intéressant, c'est cependant de se raccrocher aux expériences videoludiques pour mieux s'en détacher. C'est-à-dire en fait, utiliser les mêmes outils d'analyse des images et autres métaphores fantasmagoriques que pour les jeux, mais en oubliant complètement leurs avancées scénaristiques (surtout le premier et le troisième, qui ont une énorme filiation avec le film; d'ailleurs, il aurait certainement mieux vallu les repiquer directement plutôt que de pondre cet hasardeux croisement). Le premier jeu était sur la paternité, le deuxième sur l'amour et la culpabilité, le troisième sur la quête de soi, le quatrième... euh, oubliez le quatrième. Ici, le thème est la maternité, et on s'y retrouve très rapidement. Particulièrement sur deux points. Le premier, le plus visuel, c'est l'attaque des nouveaux-nés.
Houellebecq nous dirait que c'est là le vrai visage de notre chère marmaille (qu'il faudra que vous, chères demoiselles, fassiez passer pour la plus belle chose qui vous arrivent dans votre vie, ça, les 15 kilos qu'elle vous fera prendre, les hormones, puis l'accouchement, les couches, les nuits de 2h, j'en passe et des meilleures). Mais, il se trouve que
Sharon a été adopté. Pourquoi, on ne le sait jamais vraiment. Mais, 1)
Rose n'a donc jamais vraiment su ce qu'est un accouchement et/ou un tout nouveau né; 2) l'arrivée de la petite fille dans la vie du couple a été très mouvementée. Que fait-elle alors ? Elle s'évanouit et fuit, pour se réveiller ailleurs. Intéressant non ? Pourtant, plus loin dans le film, voici le deuxième effet Kiss Cool, la petite phrase mine de rien. Lorsque
Christabella demande à
Rose si elle a la foi, celle-ci lui répondra qu'elle aime sa fille, ce à quoi la mégère répliquera que ce n'est pas la question qu'elle a posée. Tout comme le leitmotiv "Une mère est Dieu dans les yeux d'un enfant", à pondre un truc hybride, les pères
Gans-Boukhrief-Avary ont quand même réussi à faire quelque chose d'un peu profond.
D'où ma deuxième approche plus modérée. Cependant, les limites du film restent toujours les mêmes.
1) Le film ne se suffit pas à lui-même, ce qui est bien d'un côté, car il se fait compléter par les jeux et les respectent en retour, mais beaucoup moins car il souffre de la comparaison. Du bon et du moins bon donc.
2) La saga
Silent Hill est une véritable oeuvre artistique (au moins les trois premiers), pour moi les premiers vrais jeux vidéos à scénarios adultes et à réflexions. Pas réflexions "bon, j'ai dévérouillé la clepsydre, ça va m'ouvrir la porte qui me permettre d'accéder à la clé pour avoir le pass de la salle à manger" (bien qu'on en mange tout au long des jeux), mais à une réflexion sur la vie, la mort, la réincarnation, la destinée, et surtout, la culpabilité, les regrets et notre fuite dans un monde imaginaire pour les éviter. Or, passées ses considérations, il y a aussi dans ses jeux quelque chose de tout simplement beau. Si le brouillard était au départ un moyen de soulager les processeurs des consoles, il est devenu, avec le grain salissant propre à la série, un élément à part entière. Tout la ville de
Silent Hill elle-même. Avec ses monstres et recoins sombres, elle semble être un gigantesque tableau animé. Le film rend très bien ceci... jusqu'à ce que certains dialogues gâchent tout. Parfois non (la course parallèle de
Rose et son mari dans l'école passe très bien), souvent oui (les dialogues avec
Cybil sont souvent assez indigents). Le "tableau vivant" est donc préservé tant qu'aucune véritable humanité n'arrive (amusant non ?).
3)
Gans a voulu mixer les 4 jeux, il n'en ressort souvent qu'une impression de gigantesque cahier des charges, qui vient compléter la première limite. Exemples flagrants: les infirmières et
Pyramid Head. Les infirmières monstrueuses sont une déformation créée par
Alessa, à cause de la présence permanente d'une infirmière à son chevet. C'est donc un peu une conséquence visible de ses souffrances qui y est personnifiée. Ici, trois minutes avant la méga explication du pourquoi du comment, on nous balance lesdites infirmières qui ne servent à rien. A quoi bon ? Quant au mythique
Pyramid Head, sa présence est gênante à double titre, mais dans une certaine limite. Dans les jeux, il n'apparait que dans le 2è épisode, et est la personnification de la culpabilité du héros qui a tué sa femme pour lui abréger ses souffances, sa culpabilité le poursuivant sans fin,
Pyramid Head en étant de ce fait increvable. Or, dans le film, la culpabilité n'est plus celle du héros (ou de l'héroïne), mais du méchant. A quoi bon faire culpabiliser le méchant ? Il est déjà méchant, on s'en branle qu'il culpabilise ! Deuxio, cela semble aussi et surtout être un argument visuel de plus. Ca marche certes (cf la scène de l'entrée à l'église), mais bon, c'est pas très recevable. Cela dit,
Pyramid Head pourrait bien faire revenir au thème de la culpabilité, alors en cherchant bien, passe encore. Mais cela reste balancé à la va-vite. De même que rien ne justifie en aucun moment le final complètement gore et délirant, mais surtout parfaitement inadapté. Et qu'ait été coupé le petit bout que l'on voit dans la bande-annonce où la voiture traverse le fantôme lors de l'accident initial (ce qui contredit légèrement les dires martelés de
Gans sur l'absence absolue de coupes dans le film).
Cela étant dit, respectueux des jeux mais sans jamais les dépasser, pas si décevant que ça mais un peu en-dessous des espérances,
Silent Hill se positionne quand même au-dessus d'une majorité des productions du genre. On va pas aller jusqu'à dire que c'est un film qui nécessite plusieurs visions, 2 suffisent amplement, pas besoin non plus de 15. Mais, s'en tenir à une seule ne permettra pas, selon moi, de s'en faire un avis convenable.
2ème note : 84 %
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