Danny Boyle a fait des trucs vachement bien dans sa vie. Genre
28 Days Later, ou
Trainspotting. Et même (goût perso)
A Life Less Ordinary. Le problème, c'est le reste. Parce que
The Beach, ça restera pas dans les annales, ça c'est sûr.
Millions non plus d'ailleurs.
Alors, ça vient peut-être de son
Alex Garland de scénariste ?
Non c'est pas ça, il a pondu du bon et du moins bon aussi.
Bon, ben alors, avec
Sunshine, on ne sait pas à quoi s'attendre.
Et effectivement, vaut mieux ne s'attendre à rien, car d'un certain point de vue, le film est inclassable. Mais dans le sens positif du terme. Car, découpé en deux parties bien distinctes, le film passe alors d'un genre à un autre, plutôt opposé.
Tout d'abord, un huis clos. D'abord assez léger, puis bien plus oppressant. Ou plutôt: suffoquant, moite. Lumineux surtout car jouant de l'ombre et de la lumière pour mieux affamer le spectateur de teintes naturelles. En enfermant ses personnages à la fois dans l'ombre et la pleine lumière, c'est un décor scindé en deux qui se déploie devant nous. D'un côté le vaisseau: connu, vaste mais étouffant, même s'il permet de recréer un ecosystème complet. Toujours soutenu dans ses moindres démarches par l'ordinateur central, l'humain est porté au plus haut niveau de compétences. Mais, plus dure sera la chute.
A la première erreur, humaine bien sûr, ce sont toutes les catastrophes qui s'accumulent. Car alors, l'homme redevient homme. A ce moment, le huis clos se referme un peu plus, les mauvaises décisions s'ammoncellent, les personnages de premier plan se dégagent, les premiers corps tombent. Et les premiers morceaux de bravoure visuelle arrivent.
Transformant son astre en détraqueur géant,
Boyle cristallise le néant qu'est l'humanité face à la vie elle-même (à replacer discretos en dissert'), et en rajoute un peu au passage. Mais peut-être pas assez.
Car après avoir balancé quelques corps dans l'espace, il ouvre le huis clos au "corps inconnu", à la
Alien. Le nouveau passager. Et là où l'on se dit qu'il va partir en vrille, genre "trip mystico-visuel" en vogue depuis
The Fountain ou même
Blueberry, on se retrouve avec une deuxième partie plus proche du
Alien sus-mentionné: détour dans les couloirs non éclairés, attente du "méchant" derrière un bout de vitre avec un scalpel électrique à la main. Bref, du classique. Mais, il faut compter avec la certaine maestria de
Boyle, qui s'en sort plutôt bien avec ce qu'il a. A un flou artistique trop présent près, il mèle sur la fin de son métrage le réel et l'irréel (nous donnant au passage un final tout simplement magnifique), modifiant l'image jusqu'à se demander si notre "inconnu/connu" est vraiment qui il est physiquement censé être. Est-ce un rêve? Assurément pas. Alors, libre au spectateur d'en faire ses propres conclusions.
Si le film est visuellement bluffant, il s'appuie aussi sur des acteurs qui ne dénaturent pas l'objet filmique à proprement parler. En effet, si dans
Silent Hill par exemple, certains dialogues dénaturent le visuel au plus haut point, ici, les acteurs aident le film à tenir bon tout du long. Mention spéciale (bien entendu) à
Cillian Murphy, et son regard bleu perçant, qui soutient le film sur ses épaules pendant la deuxième partie. Mention aussi à
Hiroyuki Sanada (déjà aperçu en rôle-titre du très beau
Samouraï du Crépuscule) dans son personnage de commandant dévoué entièrement à sa mission, et même à
Chris Evans, qui nous rappelle au passage à quel point
Fantastic Four n'est vraiment pas fait pour briller.
En conclusion, malgré un choix de deuxième partie horrifique par forcément justifié, le film surprend par ses qualités visuelles, d'acteurs et de fluidité de narration. Pas aussi philosophique que prévu (quoique, rétrospectivement...), mais c'est peut-être pas plus mal.
Note : 87 %
Critiques presses