Sheitan - 05 %

Sheitan - 05 %
Sheitan / Kim Shapiro, France - 2006

Ouvrir son film sur une platine de scratch n'est pas anodin, Kim Chapiron, et donc le collectif Kourtrajmé, se réclamant d'une culture hip-hop issue des banlieues et des galères. Continuer avec un Mouloud, accessoirement animateur sur MTV, en DJ ajoute ce qu'il faut de paillettes. La caméra tourne n'importe comment, à part au détour d'un contre-plongée sur la culotte rouge de la peu farouche Roxane Mesquida. Un plan aussi gratuit qu'inutile... mais bon la vue n'est pas désagréable. Il faut savoir aussi que le réalisateur de 24 ans tient là un sacré concept puisqu'elle sera cadrée à hauteur de culotte tout le long du film. La grande classe.

Entre la drague facile et la baston avec le videur, l'ombre de Quatre garçons pleins d'avenir plane dangereusement, sauf que nos amis sont trois et accompagnés de deux jolies filles. Après un vol dans une station-service (ils n'avaient plus de monnaie, donc quoi de plus normal, il faudra y penser pour les prochaines fois), tous s'entassent dans une voiture direction la campagne, cette terre inconnue, hostile et peuplée de dégénérés, bien entendu.

A l'arrière, Yasmine s'endort sur l'épaule de Bart, torché depuis la première minute du film et surtout en mal d'amour. Il en profite donc pour ouvrir sa veste et la peloter avec vigueur. Logique. Yasmine se réveille le regard dur, puis s'adoucit avant de rouler une pelle au profiteur. Euh ?!... mais ne vous en faîtes pas ce n'était qu'un rêve. Ah, ah, ah... argh !

Ce petit dérapage n'est que le début d'une longue, trop longue liste de clichés sur la banlieue. Mais bien qu'un cliché sous-entende toujours une réalité, elle est ici détournée consciemment à des fins soi-disant divertissantes, mais qui se révèlent irresponsables, voire dangereuses. Ainsi, il n'est pas question de dégradation de la femme, mais d'annihilation totale.

Triolisme façon « je te chauffe la place » (entendez « je la kène et je te la file »), parfum de lesbianisme, accouchement à la verticale sur le carrelage, bénédiction devant un sexe en érection... Mais le pire est aussi le plus insidieux. Ainsi, lorsque l'un des garçons tente une approche, diplomatique ou non, la fille refuse toujours la première fois, pour mieux accepter celle d'après. Un comportement tellement répété dans le film qu'il finit par être accepté comme tel. Et faire du personnage de Roxane Mesquida une méchante est le plus facile et le plus lâche des échappatoires, puisque ce constat vaut aussi pour Yasmine.

Bien entendu, à cette misogynie exacerbée et assumée s'ajoute une violence latente. Perceptible dans certains comportements et dialogues (et pas si éloigné que cela de la réalité), elle prend une forme radicale lors des cinq dernières minutes, seule trace d'ailleurs de l'aspect survival vendu par la campagne d'affichage. Le film a été vendu comme une « comédie qui peut faire peur ». Or le comique ne vient pas de situations mises en place ou d'un travail d'écriture quelconque. Les rires, car il y en peu y en avoir beaucoup, interviennent dès lors que les trois garçons se comportent... normalement.

Injures, blagues machos, comportements égocentriques sont leur lot quotidien, et un peu (beaucoup) le nôtre aussi. Sauf qu'il y a le filtre du grand écran qui crée une distanciation, mais pas la bonne. Le portrait de ces jeunes de banlieue, misogynes et violents, n'entre pas dans la caricature, mais bien le fantasme, érigée de plus en modèle.

Une nouvelle forme de loi du plus fort en quelque sorte, qui tire d'une réalité – la jungle urbaine – à la fois ses raisons et ici ses justifications. La soi-disant liberté de ton de Sheitan est au mieux une vaine provocation, au pire une irresponsabilité sociale. Et lorsque l'on apprend après coup que les fondateurs du collectif Kourtrajmé, Kim Chapiron et Romain Gavras, sont en fait respectivement les fils de Kiki Picasso et de Costa Gavras, la banlieue s'éloigne de plus en plus, et l'opportunisme pointe le bout de son nez.

Sans pour autant remettre en question leur sincérité et leur appartenance à cette culture, il faut citer l'accroche du film « Seigneur, ne leur pardonnez pas car ils savent ce qu'ils font », joli pied de nez qui prend alors un tout autre sens.

Anecdote savoureuse: Pendant la projection à Gérardmer, un spectateur s'est distingué d'entre tous par des rires gras et aux autres exultations avant de balancer pendant le générique de fin : « Mais qui a chié sur l'écran ?! ». Tout y est.

Ainsi, quand on voit toute la panoplie déployée pour un film comme celui-ci, sous couvert de la présence d'une star à la mode, décidée entre 2 blockbusters US à aider "ses potes de la banlieue", on peut légitimement se demander comment en plus cela a-t-il pu fonctionner?

Note : 05 %

Critiques presses
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# Online seit Samstag, 17. März, 2007 um 11:01

Geändert am Samstag, 14. April, 2007 um 18:22

Great Success (et a-disco dance)

Hier soir, c'était orage, Borat, et ....

LA 100E VISITE DU MOIS !!!




(par contre, les commentaires, c'est vraiment la flemme....)
Great Success (et a-disco dance)
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# Online seit Samstag, 31. März, 2007 um 10:35

Geändert am Samstag, 31. März, 2007 um 16:47

300 - 84 %

300 - 84 %
300 / Zack Snyder, USA - 2006

D'un côté, nous avons Zack Snyder. A déjà officié sur: rien, sauf Dawn Of The Dead 2004, ce qui est à la fos pas grand chose et beaucoup en même temps. On connaît donc rapidement les envies de brutalité du pépère.
De l'autre côté, nous avons Frank Miller, le Frank Miller. Le mec qui chie des scénar de Robocop 2 tout en retapant la mythologie Batman pour nous en pondre du culte, du beau, du mega-lourd.

Entre les deux, il y a eu Sin City, où l'avènement grand public (après le merveilleux Sky Captain) du "vraiment tout" numérique, et ce que cela implique de démystification du réel.

Et le résultat est un film hybride, sorte de jeu vidéo géant et barbare, entrecoupé de scènes particulièrement inutiles et grotesques. Et pourtant.


L'histoire est simple et historique: 300 guerriers spartiates, connus pour leur courage et leur tenacité, vont se la mettre sévère avec 100 000 guerriers perses, connus pour compenser leur faible force par le nombre (vu le ratio, imaginez la dite-faible force).
Simple donc. Sauf que, comme cela ne suffit pas, le vieux Frank a juggé bon d'en remettre une couche. Et c'est là que ça passe ou ça casse.

Soit vous débranchez les neurones, et vous vous délectez d'un clip d'1H50, avec une tagline toute les 3 phrases, une débilité ensuite, puis une tête qui décide de se libérer de son propriétaire. Soit non.
Ici, on a choisi la première option, de loin la plus fun.

Alors, oui 300 véhicule en cherchant bien une idéologie des plus ambigües, pronant la force face à la diplomatie, et le non-respect des législation comme seules défenses, allant parfois vers une idéologie pro-Bush période Irak le retour.
Oui, un ratio de 1 spartiate pour 100 perses, ça continue de faire rire.
Oui, quand c'est beau plastiquement, c'est mal joué régulièrement.
Oui, c'est rempli de trucs qui ne servent à rien, d'une tête volante qui semble encore dire "ouille" à une chèvre jouant de la cythare.
Et surtout oui, Xerxès ressemble au roi de la Love Parade, avec le doublage du fils caché de Dark Vador, le tout en slip kangourou cotte de mailles dorée, chaînes et piercings à la clé.

Mais c'est beau. C'est fun. C'est cool. Et le reste, on s'en fout une peu, car on a choisi la première option un peu plus tôt.
En commençant directement par des crânes de nouveaux nés, on sait tout de suite où l'on est.
Mais, au delà de l'introduction dans Sparte (et de toutes les scènes qui s'y passeront ensuite, et qui sont d'un intérêt... zzzz... palpitant), ce sont bien les scènes de bataille (ou plutôt de combat) qui resteront dans les annales.

Entre un plan-séquence ahurrissant tant il sort de nulle part, et une chorégraphie à 2, toute aussi impressionnante, c'est (malheureusement) des séquences courtes, faisant chacune appel à une astuce visuelle, qui se lance régulièrement devant nos petits yeux ébahis d'enfants: magiciens lanceurs de bombes, bestioles géantes, éléphants et rhinocéros (mais avec respectivement 15 et 30 secondes à l'image), pluie de flèches et tempête dévastatrice. C'est toute une imagerie qui est mise en branle par Miller et reprise ici par Snyder. Avec une armée de Spartiates déïfiés pour l'occasion qui plus est. Mais, tout ceci représente aussi la limite du film.

En effet, l'univers des comics pouvant se prêter à des digressions extrêmes parfaitement inutiles et courtes, il en est rarement le cas sur grand écran. Et c'est pourtant ce que fait Snyder, en remplissant le film à ras bord d'inutilités (ça fait 3 fois que je le dis, c'est pas pour rien). Entre des monstres qui totalisent 2 minutes de scènes en tout, des plans bien trop longs (les Perses tombant dans le "puits", à Sparte), le film oscille entre le vraiment spectaculaire, et le franchement risible. Sauf que, du coup, ça n'en devient que plus fun. On se fendra donc la poire avec le Saddam Hussein en armure, fouettant ses esclaves avant de se faire dégager le bras, et surtout, avec ce cher Xerxès, roi des folles parmi les folles, arrivant sur son char de la Gay Pride, tout en répétant de sa voix rocailleuse "je suis bon". Que de doubles sens en perspective pour les plus tordus d'entre nous.


En conclusion, on ne tient pas le chef d'oeuvre annoncé. Magnifique visuellement, mais sans réelle profondeur, mais avec une vraie ambiguïté idéologique (enfin bon, suffit de passer outre, c'est inspiré de l'histoire d'il y a 2500 ans, tout était pas forcément joli joli à l'époque), le film aurait grandement gagné à se resserrer autour des batailles (pour une fois qu'on demande pas un développement supplémentaire des personnages), mais surtout, à être dégraissé de tour le superflu sus-mentionné.
Cependant, il reste clairement un divertissement d'action bien burné, largement au-dessus de la moyenne actuelle.

Note : 84 %

Critiques presses

# Online seit Samstag, 31. März, 2007 um 17:33

Geändert am Samstag, 14. April, 2007 um 18:21

Veronica Mars - 91 %

Veronica Mars - 91 %
Veronica Mars / Rob Thomas, USA - 2004

Avant toute chose, la série risque d'être arrêtér après la diffusion des 5 derniers épisodes de la saison 3, soit d'ici quelques semaines. Ce lien vous enverra directement sur une pétition online pour soutenir un renouvellement de la série. De plus, la pétition ne nécessite ni inscription quelque part ou quoique ce soit. Ca ne changera pas le monde, mais ça ne prend que 5 minutes, et croisons les doigts pour que cela serve à quelque chose. Par contre, si vous avez le temps de vous inscrire quelque part, faites-le sur ce forum officiel (en haut à droite, bouton "register" pour se créer un compte). Les voix seront peut-être mieux entendues ici.

30 mai: C'est officiel: la série est annulée. La CW se garderait le pilote d'une quatrième saison sous le coude, mais il ne reste que peu d'espoir.


Marre de One Tree Hill etc et leurs situations téléphonées et particulièrement insipides ? Marre de la majorité des séries adolescentes en général ? Alors, jetez un oeil sur celle-ci, vous changerez (peut-être un peu) d'avis.

Veronica Mars est jeune. Elle est aussi très maligne, ce qui peut parfois faire drôle vu qu'elle est blonde. Et très très mignonne. Ce qui peut paraître pas très sérieux. Et pourtant, s'attacher à ce genre de petites choses pourrait vous faire passer à côté d'un show très intelligent. Et bien mieux écrit que beaucoup d'autres shows, mine de rien. Et tout cela avec un des plus petits budgets de la TV US. Comme quoi...

En gros, l'histoire est simple. La meilleure amie de Veronica, Lilly Kane, a été assassinée. Le père de Veronica, Keith, était le shériff lors du meurtre. Il a soutenu que le père de Lilly, un gros industriel du coin, était le meurtrier. Du coup, les Mars se sont retrouvés au ban de la ville (Neptune qu'elle s'appelle, la ville), et Veronica s'est faite rejeter par ses amis. Problème: 1, elle sortait avec le frère de Lilly, Duncan. Et Lilly sortait avec le meilleur ami de Duncan, Logan Echolls. Mais, elle traînait avec beaucoup de garçons la Lilly. Alors, quid du meurtrier ? (ça, c'est juste pour la première saison).

Mais résumer Veronica Mars à cela serait réducteur. En effet, chaque épisode est constituée d'une trame indépendante, qui sert un peu de lien au fil rouge de la saison (1ère saison: le meurtre de Lilly; 2ème saison: un accident de bus scolaire; 3ème saison: un violeur en série). Et au-delà du Who dunnit ? s'étend parfois une intrigue secondaire. Lors de cette première saison, ce sera généralement les histoires de coeur de Veronica, mais aussi, et c'est bien plus atypique, le viol de Veronica. Et oui, vous avez bien lu ! Notre jeune héroïne a en effet trop piccolé à une fête, s'est faite droguée, et s'est retrouvée le lendemain matin sans souvenirs, ni petite culotte.

C'est là un changement bien radical par rapport au shows gentillets auxquels nous habitue la TV. Et ça fait du bien.

Car, entre les suicides et désertions des parents (le triptyque sur Logan, EP 1x10 An Echolls Family Christmas, EP 1x11 Silence Of The Lamb et EP 1x12 Clash Of The Tritons, les retrouvailles avec la mère de Veronica EP 1x22 Leave It To Beaver; les "parents" Casablancas sur l'ensemble de la saison 2), les possibles problèmes d'inceste (EP 1x05 You Think You Know Somebody et les ante-finaux 1x20 M.A.D. et 1x21 A Trip To The Dentist) et la corruption généralisée (cf le personnage du shériff Lamb et le maire Woddy Goodman), tout est loin d'être rose au lycée de Neptune High. Cependant, c'est le viol de Veronica qui restera au centre de ses digressions (nous donnant les mega glauques EP 1x21 A Trip to the Dentist et EP 2x22 Not Pictured, ça c'est du lourd, mais qui trouvera, au final, une résolution moins traumatisante que ce que l'on aurait pu imaginer), qui restent assez mineures le reste du temps.

Et c'est entre toutes ces histoires que notre petite Veronica va faire son chemin, aidant au fur et à mesure ses camarades, tout en essayant de gérer ses relations sentimentales, ses cours, et son aide auprès de son père.

Le casting aide beaucoup la série. Composée d'inconnus, à quelques guests près (on reconnaîtra Alyson Hannigan qui apparaît à partir du milieu de la saison 1, Paris Hilton dans l'EP 1x02 Credit Where Credit's Due, Steve Guttenberg et Charisma Carpenter - aucun lien de parenté - dans la saison 2, et Richard Grieco dans la saison 3), elle sonne tout son souffle au show, à commencer bien sûr par Kristen Bell, que l'on a pu apercevoir dans Deadwood (EP 1x08 Suffer The Little Children et EP 1x09 No Other Sons or Daughters), qui illumine le show par son charisme et sa fraîcheur.
Mais, c'est aussi grâce à une liste d'excellents seconds couteaux que la série sort des rangs. On passera outre le bellâtre Teddy Dunn, pourtant pas si béta que ça au final, et le meilleur ami-pigeon de service plus qu'attachant attachant Parcy Daggs III, pour s'arrêter plutôt sur Jason Dohring, et Enrico Colantoni, qui eux sont bien plus intéressants. Outre l'arc sur ses parents, Logan, avec son caractère de bad boy insupportable et tous ses bons mots, est très attachant. Quant au père de Veronica, c'est sa tendresse et son dévouement pour sa fille qui en fera fondre plus d'un. Mais surtout, c'est la qualité de l'écriture de ces personnages qui surprendra encore longtemps. Comme celle de la majorité des personnages d'ailleurs, à une ou deux exceptions près (n'est pas parfait qui veux !). Un petit mot d'ailleurs sur les Casablancas qui, s'ils ne sont pas toujours très fins (surtout Dick qui possède en plus une voix française des plus... intéressantes), ils sont, enore une fois, très attachants.

Soutenue par une très jolie photographie, et par une mise en scène ni vraiment classique, ni vraiment tape-à-l'oeil, c'est aussi du côté musical que le show se fait plaisir, alliant les thèmes instrumentaux innérents à toute série à des chansons plus rock FM, type Dandy Warhols (pour le générique par exemple - c'est We Used To Be Friends, pour ceux qui chercheraient).

Ainsi, voici une jolie surprise que Veronica Mars, série qui sait donc marier à la fois une ambiance adolescente-campus universitaire-problèmes de coeur etc avec des intrigues beaucoup plus adultes que la moyenne, et surtout, avec une vraie qualité d'écriture.

Une réussite.

Note : 91 %

Note basée sur les 2 premières saisons seulement.

Critiques des spectateurs

# Online seit Sonntag, 01. April, 2007 um 18:07

Geändert am Dienstag, 09. September, 2008 um 14:19

Le Parfum, histoire d'un meurtrier - 92 %

Le Parfum, histoire d'un meurtrier - 92 %
Le Parfum - Histoire d'un meurtrier / Tom Tykwer, Coprod européenne - 2006

Bien du monde aura voulu s'atteler à cette adaptation du roman éponyme (au sous-titre près) de Patrick Süskind: Ridley Scott, Milos Forman, Martin Scorsese, et même Tim Burton. Et pourtant, c'est au quasi inconnu (quasi car il a quand même dans ses bagages le très exporté Lola rennt, qui a fait connaître Franka Potente, bien avant la trilogie Bourne) Tom Tykwer que le film est revenu.

Et au final, le quasi inconnu s'en sort plus que bien.

La trame de l'histoire est simple: au 18è siècle naît à Paris Jean-Baptiste Grenouille, avec un odorat sur-développé. Mais vraiment sur-développé. Il peut sentir n'importe quoi à des centaines de mètres autour de lui. Mais, le problème, c'est que, trimballé d'esclavgistes en exploitants minables, il ne possède aucune éductation, et aucune manière, de sorte qu'il ne connaît pas la limite entre le bien et le mal, et reste la plupart du temps monolithique.
Se rendant compte du don que la nature lui a donné, il ne va alors avoir que de cesse de le perfectionner, afin de créer le parfum parfait, aidé par les maîtres parfumiers qu'il rencontrera sur sa route, en particulier Baldini, ancienne gloire maintenant déchue, qui aura avec Grenouille une relation des plus ambigües, tour à tour maître et élève puis maître et serviteur. Jusqu'au jour où Grenouille prendra son indépendance, non sans raison, celle-ci étant (forcément) pas des meilleures.

Le film possède plusieurs grandes qualités, qualités qui ont fait de lui LE FILM DE L'ANNEE 2006 (pour moi, ex-aequo avec SHORTBUS).

Tout d'abord, une qualité d'interprétation sans faille. Au vu des attributs de Grenouille, il était facile de tomber dans des travers du type "interprétation caricaturale", le monolithisme étant souvent traité avec une complaisance rarement atteinte chez les acteurs. Or, ici, Ben Whishaw, dont c'est là le premier grand rôle, s'en sort à merveille, et réussit (à une ou deux exceptions près) à faire passer les (non-)sensations éprouvées par son personnage, et ce avec brio. Même lors du final, il saura en convaincre plus d'un.
Mais, il y a ici un acteur qui revient de loin, même s'il s'est fait évincé par Ben Whishaw: c'est ce bon vieux Dustin Hoffman. Après de nombreuses années passées loin des vrais succès critiques, on peut considérer qu'il fait ici un excellent retour. Il était temps.

Ensuite, deuxième grande qualité du Parfum, c'est son script. Sans avoir lu le bouquin, il est fort possible que celui-ci soit vraiment bon à l'origine, car l'adaptation l'est. Par la quête de l'ultime senteur de Grenouille, c'est aussi après sa propre identité que court Grenouille, identité symbolisée par son odeur, qu'il devra aller (ultime métaphore) construire de toutes pièces à partir d'odeurs étrangères. A travers ses maîtres qui, tous, décèderont car l'ayant utilisé pour leur propre profit, c'est la quête d'indépendance qui y est symbolisée, ainsi que la délicate limite entre permettre l'apprentissage ou l'endoctrinement. A travers un final et un épilogue, ce sera bien l'acceptation de sa différence par les autres, mais aussi sa reconnaissance pleine qui se fera par une osmose parfaite avec le monde.
Un bémol cependant (mais ce sera le seul), c'est la deuxième partie du métrage. Mué par sa quête, Grenouille se met alors à vouloir capturer le parfum des jeunes filles (ce sera alors l'ultime but de son voyage). D'où une demie-heure "serial killer + profiler", des lieues en-dessous du reste du film. Pas déplaisant pour autant, mais bien moins intéressant.

Enfin, dernière qualité, mais non des moindres, c'est son esthétique. L'odorat étant ordinairement peu titillé par le grand écran, sans Odorama, comment faire? D'une mise en scène toujours calme et posée (à un plan-missile accéléré relativement inutile près), et d'une beauté plastique parfaitement maîtrisée, c'est l'image qui est au service des sens, transformant le film en expérience sensorielle. Forcément, on pourra rire (un peu quand même) de la facilité à filmer en hyper gros plan un nez en train de humer quelque chose. Soit. Mais, c'est aussi la force du récit (et aussi un certain effort d'adaptation de la part du spectateur) qui permet de dépasser cela. Grâce à des décors, des costumes mais surtout une photographie magnifiques, le film est un véritable enchantement pour les yeux.

Et donc, au final, une grande réussite.

Note : 92 %

Critiques presses
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# Online seit Freitag, 06. April, 2007 um 18:20

Geändert am Samstag, 14. April, 2007 um 18:19