A la hauteur de l'attente (Attention, spoilers)
Quiconque a vu (et apprécié?) Infernal Affairs sait que s'atteler à un remake, ou même une relecture, n'est pas une mince affaire. Les qualités intrinsèques de l'original étant surtout dues à la classe s'en émanant (et de ses acteurs, et de sa mise en scène), une reprise reste délicate, voire impossible. Sauf si, comme ici, elle tombe entre des mains expertes.
A quelques originalités de mise en scène près (on notera quelques arrêts sur image, fondus au noir rapide, ralentis et autres surimpressions d'images), Scorsese livre un métrage plus posé que l'original. On sent bien la maîtrise visuelle de quelqu'un qui sait ce qu'il a à faire, et peut-être aussi de quelqu'un qui sait comment se dégager de l'œuvre originale. Utilisant nombre de musiques existantes (notamment le Gimme Shelter des Stones), là où Lau et Mak n'utilisait quasiment qu'un score instrumental, la bande originale soutient parfaitement le métrage de bout en bout, malgré un montage musical parfois abrupt (on compte plusieurs où la musique est coupée net, juste pour permettre deux lignes de dialogue, puis reprenant quelques secondes plus tard). Par contre, un reproche: l'utilisation parfois abusive de sang, ce qui n'est pas vraiment ici le propos (en particulier lors de la mort de Quinnan et de Costello)
C'est aussi sur le plan scénaristique que The Departed que Scorsese s'émancipe de l'original. En effet, si l'on peut clairement parler de remake, ce serait plus d'un remake comme le fut le King Kong de Jackson, que comme celui plan pour plan de Psychose par Van Sant.
Mais si le récit y perd en intensité, il y gagne en densité. Malgré quelques passages un peu longuets (on ne peut difficilement passer de 1h30 à 2h30 de métrage sans avoir quelques longueurs). Cependant, le récit suit quand même plus que largement la trame de l'original, en déplaçant par contre le deal d'ouverture vers le milieu de métrage, et en ajoutant une fin certes plus logique d'un certain point de vue, mais rendant plus absurde le comportement de la compagne de Sullivan. Par contre, une raté notable: la scène de la mort de Quinnan, puis de la deuxième taupe, qui perd ici toute intensité et toute émotion.
Quant au casting, il est par contre irréprochable du début à la fin. Le duo Di Caprio / Damon, tous les deux justes et nuancés. Nicholson est impeccable aussi, bien que parfois un peu grand-guignolesque (lorsqu'il ressort tout naturel des toilettes du bar, du sang jusqu'au coude). Martin Sheen s'en sort bien dans la figure de père (ce que l'on ressent particulièrement lors du rendez-vous avec Dingam et Costigan). Baldwin, lui, n'a pas un rôle des plus importants, mais prouve qu'il est encore capable de faire bonne impression (notamment lors de ses joutes avec Wahlberg). Quant à Wahlberg, c'est lui la bonne surprise du casting, tout à fait cru et vulgaire, mais extrêmement attachant.
Ainsi, si le film n'interdit pas la comparaison avec l'original, il est clair que peu importe l'estime qu'on lui portait, Scorsese réussit ici un coup de maître, égalant ses grandes réussites personnelles (comme Casino par exemple).
Critiques presses
A noter que le film a remporté 4 Oscars 2007:
Meilleur film, meilleur réalisateur (Martin Scorsese), meilleur scénario adapté (William Monahan) et meilleur montage (Thelma Schoonmaker).




